Atelier d'Ecriture "PLUMALIRE" à Nice, Alpes Maritimes

Calendrier des ateliers d’écriture Plumalire 2019-2020

 

Mois

Mardi

Septembre

17 & 24

Octobre

8 & 15

Novembre

5,12 & 25

Décembre

3 & 17

Janvier

7, 14 & 28

Février

4 & 18

Mars

3, 10 & 24

Avril

7 & 28

Mai

5, 19 & 26

Juin

9, 16 & 30

Les dates du lundi et jeudi seront établies 
en  fonction du nombre de participants


Inscriptions à l'Atelier d'écriture PLUMALIRE 2019-2020

Celles et ceux qui souhaitent participer à l'Atelier d'écriture PLUMALIRE 2019-2020 peuvent s'inscrire dès maintenant en précisant les jours et heures souhaitées) :

(mail: massallcatherine@gmail.com)

Merci de bien vouloir noter que les jours et heures des ateliers seront décidés en fonction des inscriptions prises avant le 15 septembre.

Les jours et heures proposés sont :

Mardi : G1 : 10h-12h,  
Si le nombre de participants est trop important 
un Atelier G1B pourra avoir lieu le lundi après-midi de 14h30 à 16h30

Mardi : G2 : 19h-21h –

L’Atelier qui avait lieu le Mercredi  aura lieu le jeudi à 19H OU 18H OU 18H30 en fonction des participants inscrits.

Le calendrier des ateliers sera publié mi septembre.

 

  

01 avril 2020

Message reçu moussaillon !

Penserais-tu que je rue à hue et à dia entre mes quatre murs. Et bien,
na ! et l’eusses tu cru toi-même, ma vie et mes us ressemblent un peu aux tiens, à mon corps
défendant…Oh, car comme les tiens sûrement, mes cheveux poussent, mes cors aussi, il n’y a pas
plus de coiffeur que de pédicure qui tiennent. Jamais on ne vit une telle pénurie de vanités diverses.
Mes nikes restent au placard mais mon plumeau et mon aspirateur ne virent jamais autant d’activité.
Je chasse cet autre infiniment petit, qu’on peut au moins voir : la poussière.
Je fais fi des coraux, des corons, de Vire, du pays de Caux et de la nostalgie car j’ai un œil permanent
sur le monde grâce à la télé, internet et les réseaux sociaux. Je ris beaucoup finalement, il y a tant
d’humour qui circule. C’est un excellent vaccin… Je m’émeus devant la solidarité et le fait qu’on
sache reconnaitre ce qui est utile à la survie d’une société, c’est une sacrée leçon, même si je
regrette souvent les polémiques qui tentent de nous diviser. J’analyse les avis en cherchant à garder
confiance. Je n’ai pas encore réussi à me mettre à la méditation, c’est encore un excellent futur
projet.
Je suis donc moi devenue boulimique d’images et d’infos, me voilà addict et capable de rester des
heures sans bouger et sans me sentir utile si je tâte le pouls de ce cataclysme à l’aune d’un
amusement sarcastique pour contenir mon ire. On a vu ce ru chinois devenir un tsunami, on a vu
Macron en charlotte courir après des masques et des respirateurs jusque dans le Rhône, Trump en
déconfiture faire venir un navire hôpital de l’U.S Navy à New York, le russe Poutine confiner Moscou,
les policiers indiens carrément bastonner ceux qui ne respectent pas les ordres, et surtout les
politiciens de tout bord accepter le statu quo imposé tout en cherchant un bouc émissaire! Ah je vis
des moments fabuleux ! Le printemps est là, et, grâce aux images des drones, je visite les villes
comme nous ne les avons jamais vues, désertes, propres, bien dessinées, bien vertes et fleuries,
irréelles comme cette situation inédite.
700 millions de chinois et moi et moi et moi…. ! Ce matin je chantonnais ce refrain de Dutronc sous la
douche. Amusant non ? Mais revenons à plus sérieux : C’est au Louvre que tu verras plusieurs
œuvres de Corot quand la normalité reviendra, sais-tu que Baudelaire avait été touché comme toi
par son « infaillible rigueur d’harmonie », sais-tu aussi qu’un de ces jours les avions revoleront et
nous rapprocheront…
Hisse et haut l’espoir des retrouvailles et garde à nous !
Ruth

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Une bouteille à la mer ou journal d’une matelote du confinement

Ma chère Ruth je t’écris à bord de mon drôle de petit navire et sur la façon dont je vogue au jour le
jour dans ce confinement, comme lorsque je te décrivais ma vie d’infirmière dans l’ U.S Navy.
Oh dans mon petit chez moi pas de son du cor de bon matin ! C’est au moins un bon point. Je me
lève quand je n’ai plus sommeil, je prends un peu plus soin de mon corps lors de mes ablutions, et je
me hue si je ne fais pas un peu d’exercice. Pour ça j’ai le luxe du choix entre les sept étages de
l’immeuble à monter et descendre plusieurs fois, avec ou sans poubelle, quelques pas de danse bien
rythmés ou une séance de gym enregistrée par cette russe qui me sert de coach en temps normal.
Elle vit ici depuis 2 ans après avoir enseigné dans le Rhône et aussi à Vire près du pays de Caux que
tu m’as fait découvrir et qui t’est si cher. On a bien sympathisé et ses avis sportifs par vidéo
conférence rompent avec mes us en la matière. Sortirais-je de cette quarantaine plus musclée et en
forme que toi ? Na ! L’avenir nous le dira…
Et puis vient le temps du déjeuner, et quand j’ai fait mon rot, (Ah je te devine surprise ! mais qui ça
gênerait puisque je suis seule ?), je vais sur Culture Box (l’eusses tu cru ?) me documenter par
exemple sur les peintres, Corot m’a beaucoup accroché l’âme, il faudra visiter les musées qui lui sont
consacrés. J’ai été aussi marquée par un film sur les coraux qui virent au gris cendre et sont
abandonnés par les poissons. Tout comme ceux que nous avons vus à Bali et à Aqaba. Tu t’en
souviens ? Est-ce que le drame mondial que nous vivons profitera au moins à notre planète ? Je sais
que tu l’espères tout autant que moi et qu’un jour nous reverrons leurs vraies couleurs.
Je résiste parfois à l’envie d’aller sonner à ma propre porte et c’est tout de même habillée et de ma
fenêtre que je vis par procuration dans la rue, j’observe ceux qui baladent leurs chiens, vont faire
leurs courses ou qui n’ont pas une aune de sens civique. Je les juge avec une certaine ire, mais il faut
accepter ce statut quo, puisque ce n’est pas totalement interdit. Pour moi chaque jour sans sortir est
une petite victoire ! Et sans manger de chocolat aussi…je suis toujours la gourmande que tu connais.
Les journées se remplissent ainsi de petits riens qui me font batailler, réfléchir, apprendre, sans
oublier la touche de plaisir indispensable à tenir le cap. Nous sommes tous dans le même bateau
mais dans des cabines séparées !
Dans mes rêves la nuit je saute le ru de notre enfance, je m’évade et je te rejoins dans les Corons qui
étaient notre seul paysage. Sûr que nous en visiterons bientôt bien d’autres plus maritimes et avec la
même complicité.
Prends soin de toi car j’attends de tes bonnes nouvelles en jetant ma bouteille à la mer !

J, ta courageuse matelote

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29 mars 2020

L’hôpital rôt le balai !

L’hôpital rôt le balai ! 1

« Compère COROT, ça y est ! ON est con, on est confiné ! OH là là ! plus de
CONciliabules, plus de Commérages »,
« Ma petite <RUTH, voici mon CONseil : CONforme-toi aux aVIS et CONseils
diffusés ; bois en grande quantité du thé au goût RUSSE impérial que je cours acheter au
bout de ma RUE, bois du lait de COco ; sois zen, ne te CONtracte pas ; mange des fruits, en
particulier des COROssols, et des légumes ainsi que de la CONfiture de CONcombre
fabriquée à VIRE dans le pays de CAUX car elle est riche en VItamines !. CONsomme du bio
de ta région, des producteurs loCAUX.
Comme ON A du temps, profitons-en pour lire l’histoire des CORONS ou celle de la NAVY
US ; rêvons à de prochains voyages, comme par exemple une croisière sur le RHÔNE ou en
Nouvelle Calédonie pour admirer les baleines et les CORAUX.
COmme ON A du temps à nous, soignons notre CORPS. Pas de statut QUO, pas
d’atermoiement ! VIve le qi cong ! VIve la marche à pied ! Et pour améliorer notre souffle
VItal, montons les étages à pied, lentement d’abord, puis de plus en plus VITE ou jouons de
la flûte, du COR ou de la trompette. Mon AVIS est qu’il faut se bouger même en étant
CONfiné !
Et les amis, je suis en COlère : ne RUSez pas, ne vous Ruez pas sur les produits. Et si vous ne
respectez pas le confinement, il faudra vous serrer la VIS avec des amendes CORsées, assez
CORsées pour vous CONvaincre.
Et je COMprends l’IRE des médecins, l’IRE des soignants, de tous les aidants, de tous ceux
qui contribuent à les aider. Amis il y a de plus en plus de malades. Les lits manquent, on
doit en transporter de CORse sur un NAVIRE vers le Continent !
Mes Amis, le soir je n’entends pas le son du cor, mais des applaudissements pour remercier
le personnel soignant, qui lui, EUSSE préférer que le confinement soit respecté. A l’AUNE de
mes connaissances, c’est-à-dire à mon AVIS, écoutez, suivez leurs reCOmmendations, aidez
le pays à lutter contre ce maudit « CONNARD VIRUS » comme l’appelle le jeune Gabin ! Le
personnel soignant vous en CONjure : Aidez-les en restant CON – FI –NES.
Mesdames, Messieurs les gouvernants, l’hôpital est pauvre comme Job, l’hôpital rôt le
balai, aidez le personnel soignant en leur procurant des masques et tout l’équipement
nécessaire qui leur permettra de remplir la mission qui est la leur : soigner, guérir et sauver
des VIES.
1 Être réduit, faute de bois, à brûler le balai pour se chauffer. Rôtir le balai est tout d’abord l’expression de la plus grande
pauvreté. Qui sinon le dernier des miséreux brûlera le manche et la paille de son balai pour se chauffer ? Qui si ce n’est un
affamé se donnera l’illusion d’un porcelet à la broche en faisant rôtir le balai qui est le sien ? C’est là le sens premier; triste à utiliser

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02 mars 2020

Edna marchait dans la rue

Edna marchait dans la rue avec son sac à provisions
quand elle dépassa l’automobile. Il y avait une
pancarte sur la portière : « je cherche une femme ».
Edna stoppa net, ripant ses sabots sur le trottoir bitumineux. Elle ôta ses
lunettes et son tablier à fleurs car elle aussi cherchait un homme. Cette petite
bonne femme cabossée par la vie n’avait rien perdu de son enthousiasme.
Elle croyait sincèrement à son karma.
Pourtant, cette voiture luxueuse ne lui inspirait que doute et malveillance.
Quel genre d’homme exposait ainsi ses manques et ses fantasmes. Etait-il
divorcé, veuf ou simplement pervers. Elle se pencha néanmoins à la portière
et découvrit tout d’abord un borsalino blanc et des gants de la même couleur.
Edna renifla de mépris se sentant soudainement mal à l’aise face à ce
monsieur au compte en banque visiblement bien rempli. Son attitude
guindée démentait formellement ses attentes affichées sans pudeur à la
portière. Mais elle sourit timidement et le salua d’un bonjour presque
inaudible.
Il tourna la tête et sourit à son tour.
Edna eut un mouvement de recul et une grimace de répulsion face à ce visage
ravagé d’anciennes brûlures rouges et luisantes. Quel malheur avait bien pu
frapper cet homme défiguré et apparemment seul. Mais son sourire fascinait
Edna comme un appartement inconnu dans lequel on se sent chez soi :
sensation bizarre et agréable à la fois……….
Il enleva ses gants d’un geste raffiné pour découvrir des mains fines
parsemées de poils blonds. « Bonjour ! Que diriez- vous d’aller déguster un
cocktail pour faire connaissance ? ». Il sortit de la voiture et s’empressa de
serrer la main d’Edna, décontenancée mais curieuse.

« Venez dit-il, je m’appelle Jo, je vous entraine dans mon monde ». La prude
Edna se laissa faire, charmée par cet homme laid aux manières de gentleman.
Elle ressentait une étrange attirance, peut-être leurs malheurs mutuels
résonnaient dans son âme.
Ils traversèrent la route et s’installèrent au bar du « REGENT » devant une
coupe de champagne. Leurs bouches muettes discutaient sans relâche et
leurs yeux se noyaient dans une profonde osmose intérieure.
Jo entraina Edna avec force et douceur à l’étage des chambres, le tapis des
escaliers étouffant leurs pas pressés d’en découdre. Edna en perdit ses sabots
qui dévalèrent les marches, tristes et abandonnés. Ils poussèrent la porte,
affolés et grisés, inexplicablement. Attirés et désirés, leurs corps se fondaient
dans une étreinte foudroyante et libératrice. L’amour fut d’une violence
sauvage, irradié du manque et fulgurant de plaisir.
Peu après, repue et exténuée, Edna se calfeutra seule dans la salle de bain,
immergée dans une mousse apaisante. Elle était embarrassée de cet instant
de pure folie mais qui réconciliait son malheur avec un bonheur éphémère et
volé.
Cette parenthèse n’est possible qu’une seule fois se dit-elle en regardant avec
nostalgie sa robe bleue avachie sur le sol. Il faut oublier ce moment
d’exaltation. Perdue dans ses pensées, elle caressait avec désespoir une
corbeille remplie de bigoudis de toutes les couleurs.
« Oui, ce fut une escapade arc-en-ciel »
Puis elle sortit de la baignoire, se sécha avec une
serviette et mit des bigoudis roses. Elle décida de ne
plus revoir Jo.

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Un matin, je décide de m’évader.

Un matin, je décide de m’évader. Et d’entrer en liberté
intérieure.

Je deviens une bouchée de brioche onctueuse. Je glisse entre
mes dents et flirte, au passage de la luette, avec les gardes
dodus d’une descende vertigineuse.

Je glisse lentement contre les parois élastiques de mon
œsophage. J’ouvre les yeux dans ce toboggan visqueux aux
énormes amortisseurs qui me ballottent en douceur.

Je heurte le clapet d’entrée de mon estomac et me voilà
propulsée dans une mélasse sulfureuse qui me désagrège. Je
me sens déboussolée au milieu d’une bouillie aux couleurs
improbables. Après avoir été malaxée et broyée, je tournois
en pleine tempête vers l’unique issue de cette machine à
laver. Je débouche dans un tuyau malingre et tout cabossé.

Et c’est le grand huit, les montagnes russes, l’ascenseur
émotionnel. Je me disperse dans les méandres astucieux de
ce serpent goulu qui m’éclate en particules : sels minéraux,
oligoéléments, vitamines mais aussi calories, graisses, sucres,
les chenapans responsables de mon embonpoint avéré.

Je rejoins d’autres dédales semblables à une forêt ensorcelée.
Dans un réseau continu de fleuves enivrés de bulles pressées,
je navigue dans l’apesanteur d’un circuit fermé. Je fais le tour
du propriétaire.

Je visite mon cœur, magnifique ordinateur et témoin de mes
émotions, mes poumons, admirables éoliennes, mon cerveau
calculateur invétéré et m’arrête un instant dans le doux
cocon de mes orbites pour admirer l’en dedans inconnu et
mystérieux. Je me découvre infatigable et indestructible : une
machine humaine.

Je flotte, surnaturelle et magique, dans ces atouts qui me
rendent unique.

Et soudain je bascule, remplie d’émoi, dans un immense
labyrinthe dépourvu de lumière. J’ai tout donné. J’ai tout vu,
je n’ai plus de mission. Mon corps est souple, galvanisé de
quelques étincelles d’une puissante énergie.

C’est la fin du voyage, je le sens. Je passe avec force la porte
de ma délivrance. Je ne suis plus que le reste de ma
générosité envers cette usine au labeur incessant.

Et tout s’achève au fond d’un trou, comme la vie.

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Ils se croisent

Ils se croisent une fois de plus. Leurs regards se captent, attentifs et effrayés d’une attente inconsciente. Leurs pas ralentissent, invitation invisible à une promesse forte et obsédante.

 

Le dallage de la rue escorte ce ballet dans l’hésitation d’une rencontre tricotée de silence à la fois curieux et impatient.

 

Chacun sa route, chacun son destin mais tous les deux sentent une croisée de vie en ombrage, au milieu de cet été en dérive de soleil.

 

Jean sourit, porté par un désir de renouveau, fausse décontraction de parade. Son cœur fuit son corps, traverse le vide qui le sépare d’une connexion improbable mais désirée. Il refoule ses souvenirs, ses années de bonheur et de solitude aussi. Le deuil de sa femme l’a transformé en poubelle de désespoir. Fourbu de douleur, il s’est figé, iceberg abandonné sur le rivage de la vie.

 

Tout était creux, abominable, terrifiant. Cet homme, au mitan de son existence, a échappé à la noyade, respirant par à coup dans un désert de larmes.

 

Et désormais, Jean se prête au jeu de l’amour, dans ce chassé- croisé journalier et définitivement espéré.

 

Mais Sophie surfe plutôt sur la réserve, pleine de questions, pourtant aimantée par cet homme agréable qui respecte ses distances.

 

Il lui rappelle ses jeunes années, encore pure et sauvage, lorsqu’avec ses copines elles s’engouffraient dans le « Ciné Doré » de la rue de son enfance. Elle tombait en pamoison devant les affiches de films sur

lesquelles Yves Montant ou Lino Ventura exhibaient un sourire enjôleur.

 

Elle a toujours préféré les hommes mûrs. Et en a épousé un. Gentil, protecteur, rassurant mais dénué de fantaisie, d’humour, de tendresse. Et c’est elle qui est morte et qui s’est enterrée.

 

Sophie regarde Jean à la dérobée, consciente du décalage de ses pensées, affleurant avec peine la réalité de l’instant. Les secondes s’essoufflent, se tordent, se désagrègent dans l’irrésolu.

 

Alors, Jean apprivoise ses yeux dans une offre de complicité et Sophie, conquise se promet de l’emmener un jour au « Ciné Doré »de sa vie antérieure, histoire de boucler le passé révolu en avenir accompli.

 

 

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09 février 2020

Clochard

Affalé nonchalamment sur le mur de la Poste, le clochard, dégoulinant de pluie, s’agrippe comme un
naufragé à sa dive bouteille. Il lance, à l’adresse des passants, des syllabes tonitruantes qui viennent
s’écraser sur le trottoir avant d’avoir atteint les mots qu’il souhaitait proférer.
Je feins de l’ignorer ou plutôt je le range dans le flot de mes préoccupations du moment et gravis les
marches de la Poste. Ce bâtiment imposant, en briques rouges, de style art déco est le point de
départ des correspondances vers tous les pays du monde. A chaque fois, quand je pénètre ce lieu,
vaste comme une cathédrale, j’ai l’impression d’être en partance pour l’inconnu.
Mes tâches administratives accomplies, je sors et le vois. Il n’a pas bougé mais entretemps s’est
assoupi sans doute sous l’effet de la timide chaleur du soleil qui enfin a eu raison de la pluie. A ses
côtés un amoncellement insolite de valises protégées par un plastique épais creusé de flaques d’eau.
Je profite de son sommeil pour l’observer comme une voyeuse, fascinée par la métamorphose
opérée en mon absence.
La peau cuivrée de son visage rougeoie maintenant sous les rayons. Retenues par un bonnet de tricot
crasseux, des mèches argentées frémissent dans le vent qui s’est levé. Des gouttes d’eau perlent
dans sa barbe broussailleuse. La bouteille verte encore mouillée réfléchit l’éclat du soleil et je me
laisse éblouir.
La vision de l’homme se brouille de papillons et mon imagination s’envole, emportée par l’écho des
destinations entendues au guichet cinq minutes auparavant. Bélize, Belle Ile, Belzebuth…. Des noms
inconnus ou perdus dans ma mémoire s’animent et improvisent une histoire. Par bonheur, un banc
pour me poser, pour éviter de chanceler avec mes folles divagations. Je suis assaillie d’hallucinations
qui font chavirer mon esprit. Un mirage flotte. Ses vapeurs miroitent et planent sur un improbable
désert. Par saccades des hydres à cinq têtes en jaillissent et crachent du feu. Elles se tordent entre
elles comme pour s’étouffer mutuellement en émettant des cris effrayants. Mais non. Ce sont des
singes qui hurlent en faisant des allers-retours express de haut en bas du chapiteau. A tour de rôle,,
ils avancent en ricanant leur grimace hideuse tout contre mon visage. Ils écartent leurs mâchoires
gigantesques pour exhiber un gouffre d’où émane une haleine pestilentielle. Je vais défaillir mais suis
tellement terrorisée qu’ils en profitent pour coller leurs grosses lèvres visqueuses aux miennes que je
résiste. Elles avancent… Elles avancent…. Je perds pied et m’engloutis.
Que s’est-il passé ? Le clochard me fixe. La stupéfaction se lit dans son regard. Qu’ai-je dis ? Qu’ai-je
fait ? Mes interrogations vont tous azimuts. Je lui adresse un sourire gêné. Question de voir sa
réaction. Pour toute réponse, l’homme renverse la tête en arrière et laisse éclater un rire jubilatoire.
Toutes mes appréhensions s’envolent et font place à l’émerveillement d’une situation que mon réveil
morose sous la pluie ne pouvait prévoir.

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31 janvier 2020

voyage intérieur

Un matin il décida de s’évader… de quitter les hauts murs qui entouraient solidement
sa vie.
Son gardien s’appelle monsieur la peur et s’il veut échapper à monsieur la peur il doit
courir.
Il doit se persuader qu’il peut rejoindre une certaine madame la joie.
Mais pour la rejoindre il doit faire un immense trajet.
Il pousse la porte de ses méninges qui le maintiennent en cage et l’obligent à se les
creuser si profond qu’il ne voit plus le bout de ses oreilles ni les quelques cheveux qui
lui restent sur son crane … que les années ont dégarnies.
Malgré toutes ses supplications pour que toutes ces années le laissent tranquille,
l’évitent et même qu’elles acceptent qu’il fasse un bout de chemin du temps qui
passe… en arrière.
Il y a longtemps qu’une ambiance torride règne dans son petit intérieur qu’il réchauffe
régulièrement avec des buches alimentées par ses fantasmes.
Mais cette merveilleuse mécanique imaginaire ça le gonfle…. ça l’énerve. Et puis il
n’a plus d’ongles à force de se les mâchouiller… de se les dévorer.
Dans la jungle le lion lui il les garde ses griffes sur lesquelles se reflète sa belle
crinière.
Il baisse les yeux… il ne peut pas sortir avec ses sordides pataugeasses…en forme de
regrets… c’est lourd à porter pour la longue randonnée.. qu’il veut faire.
Il les égrène puis les lâche un à un dans le puits qui s’est formé et qu’il a peine à
nommer sa vie…
Certains s’accrochent à lui …mariage…belles études...réussite
sociale…money..money..
Cela il n’en veut plus il n’en peut plus… il ne sait plus mais c’est comme de la glue ça
s’en va puis ça revient car s’il les écarte que pourra il raconter ? à quoi pourra il se
raccrocher en face des autres ?…à ceux qu’il va rencontrer… croiser au cours de ce
long voyage…
Pour rejoindre madame la joie il faudra être opiniâtre s’armer de courage et ne pas
trembler lorsqu’il devra traverser le pont des soupirs…
Monsieur la peur qu’il avait cru écraser lorsqu’il a pris son grand manteau aux
carreaux de briques multicolores réapparait au moment même où il lui faut fermer la
porte de sa conscience…alors qu’il va… affronter sur son chemin de renaissance des

regards pleins de suspicion, d’indifférence, d’outrecuidance et surtout de
malveillance….
Et puis tout s’emmêle dans sa tête comment pourra t-il expliquer qu’il cherche le
chemin de la sérénité certes.. il n’a pas la formation ni la corpulence ni l’aspect d’un
bouddha….. aux pommes noisettes.
Il se coince dans les entournures …s’évertue à donner des bourre-piffes aux pères et
aux mères la morale ….qui l’assaillent le bousculent, l’assaisonnent de conseils :
« Mais vous êtes trop vieux ! trop con ! il faut vous ranger des voitures prenez une
place au fond du garage »…
Et puis une immense vague de découragement le poursuit…il se met à courir mais elle
le rattrape puis le recouvre.
Il se sent tout mouillé du dégout qu’il a récupéré au fond de lui-même et qui
l’empêche d’avancer.
Il glisse il s’en retourne vers le puits dont il a voulu sortir et ça lui fait mal .…il
devient de plus en plus pâle … il n’a plus rien d’un mâle et puis il est tout sale ….tout
autour de lui l’air est de plus en plus glaciale …
Regardez crie madame la réalité comme il est tout barbouillé de honte… Comme il est
lait gloussent les dindons de ce monde presque parfait…
Ca lui fait un drôle d’effet il était pourtant parti avec un bagage qu’il ouvrirait pour
que tout ce qu’il touche soit bien fait et du plus bel effet.
Il ouvre les yeux et il voit des formes oui c’est le père la réforme celui qui dirige la
maison de retraite…
Soudain il roule dans la cave à rêve ou à merde il finit sous une grande table ….
Il se gratte la tête puis il passe en revue les quelques neurones qui se battent en duel
dans sa caboche !! garde à vous ! repos !!
Tant pis il reprendra le chemin des écoliers la semaine prochaine. Que dira-t-il à ses
enfants ?

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19 janvier 2020

Club de Jazz

Je l’observais furtivement, adossé au bar, son regard posé sur son verre de whisky à peine entamé. Un vacarme sans précédent retentit, je sortais de mon sommeil en nage. Le rêve inlassablement se répétait, toujours cette même musique entêtante rythmée par les percussions et les inspirations du saxophone. Et toujours elle, au loin, presque floue, cette obsession m’envahissait depuis plusieurs semaines tel un fleuve emportant tout sur son passage. Son visage restait flou, impossible de savoir si elle était jolie, seule émanait une énergie chatoyante de son être. Une douce lumière m’accompagnait lorsque je sortais de mon sommeil aussi brutal était il. J’avais quitté le tumulte de ma vie parisienne pour rejoindre quelques jours cette retraite spirituelle dont m’avait parlé Marie Caroline. Le dernier truc à la mode chez les intellos parisiens en manque de plénitude. Je n’y croyais que très peu. Au programme de cette semaine, yoga, méditation, marche en pleine conscience et cours de cuisine ayurvédique. J’étais censée me recentrer sur moi-même, lâcher le mental qui tourbillonnait et galopait sans contrôle. Diminuer le stress et l’anxiété, oublier les tracas de ma vie passée, voilà la promesse du centre Pachama. Finalement j’aurai peut-être mieux fait de m’inscrire dans un club de jazz. J’aurai formé un trio décapant entre tristesse, mélancolie et douleur. Il était 4.00, seule la pâle lueur de la lune éclairait la pièce. Dehors, les éléments se déchaînaient, à croire que mon corps, pour une fois était en harmonie avec les cieux. J’avais la sensation de sortir d’une séance de sport intense de mon club de gym. Mon corps était aussi meurtri que mon esprit. J’ouvris la porte fenêtre, un air glacial me fouettât le visage, le vent hurlait, la pluie battante tombait sans discontinuer. Je rejoignis l’intérieur de ma chambre, mon visage était trempé, sans m’en rendre compte, je pleurais. Les larmes n’avaient pas coulé depuis longtemps. Je m’efforçais de paraître au monde enjouée, mais à l’intérieur j’étais vidée, détruite, seules les insomnies berçaient mes nuits désormais. Je souffrais silencieusement, mollement, son absence martelait ma mémoire. Jeanne et moi nous étions connues au lycée, nous avions trouvé le temps sans encombre, là où nos lèvres se sont touchées pour la première fois, elles ne se sont jamais détachées. Oui, la vie active à 100 à l’heure a pu parfois nous jouer des tours mais rien ne présageait un futur si sombre. Jeanne était la femme de ma vie, la femme de mes nuits. Elle m’avait enseigné et appris tellement de choses. Elle avait su appuyer mes choix, me soutenir sans jamais faillir. 5.00 les heures n’avançaient pas, seule la douleur et l’ennui de ses rires cadençaient les seconds puis les minutes. Plus que 30 minutes avant le concert des carillons matinaux qui annonçait la première méditation. Pas de juste milieu ici, les réveils étaient matinaux, les heures de repas minutées et les couchers très tôt. Le rythme me rassurait, je retrouvais un semblant d’ordre. Je passai ma main sous mon oreiller pour y trouver un petit bout de tissu. C’était devenu un rituel, avec ce petit bout de lambeau, sa présence redevenait presque vivace, réelle, comme si elle n’était jamais partie. J’avais conscience que c’était artificiel, mais abandonner la dernière chose qui lui appartenait était insupportable. Les premiers carillons retentirent dans mes oreilles comme des bourdonnements. Les mois qui suivirent son départ n’avaient été qu’une mer d’abîme, de néant et de désolation. Je savais qu’en venant ici, je devrai surmonter des épreuves et surtout, enfin, la laisser partir, rejoindre enfin les rives de l’au delà. Jeanne, elle s’était tuée corps et âme au travail. Elle ne cessait de naviguer entre New York, Londres, Singapour et Paris. Elle aussi s’était perdue......autrement. Je rejoignis la salle de méditation, posai mon zafu au sol et m’assis. J’éprouvais une certaine tendresse en observant la couleur et les contours de mon coussin. Jeanne me l’avait offert lors d’un périple dans le sud du Tibet. Elle s’était entêtée à l’acheter alors que nous devions partir en expédition. Je la vois encore, obstinée et heureuse, le zafu suspendu aux sangles de son sac à dos. Cette vision me réconforta un instant. Le maître spirituel nous guida succinctement, posture, respiration. Inspire, expire, puis body scan. Une sorte d’ascenseur d’énergie solaire. J’entrai en moi, seul l’instant présent, ce moment T, s’imposait à moi. Mon mental s’apaisait enfin et je pouvais en cet instant cesser de jouer la comédie, cesser de faire semblant. Je pouvais exister pleinement et en toute conscience. Je pouvais laisser ma souffrance exploser. Je pouvais librement me perdre dans ses yeux, ses cheveux dorés, son odeur de bébé potelé. Je pouvais enfin un instant me reconnecter à son être, à son aura. Seuls, mon cœur et le sien battant à l’unisson, battant aux rythmes des mantras que j’invoquai. Elle était là, elle si petite, si dodue, si malicieuse. Un instant sa vision me lâcha, elle s’éloigna pour lentement s’effacer. Je n’entendais plus qu’au fond le bruit des vagues. Je me sentais vide, exempte. Elle m’avait quittée. Au fond de ces ténèbres, je pensais à la mer sous la pluie. Les gouttes frappaient la surface des eaux en silence et même les poissons n’en avaient pas conscience. Longtemps, longtemps, jusqu’à ce que quelqu’un arrive derrière moi et pose doucement sa main sur mon dos, je pensai à la mer.

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Père Noël et Thalasso

Père Noël et thalasso

D’abord je n’ai rien compris : en guise de cadeau de Noël j’ai reçu une enveloppe avec une carte «  bon pour une thalasso pour 2 personnes pour un week-end à St Jean de Luz. J’étais célibataire depuis longtemps et je me voyais contraint de choisir quelqu’un pour passer 2 jours avec moi dans une intimité humide et relaxante. Choix laborieux: brune, blonde, mince , enveloppée, qui pourrais je supporter si longtemps et qui pourrait me supporter, moi! Après mûre réflexion’ je proposais l’affaire à Rachel en maudissant mes enfants pour ce cadeau. Ils auraient pu m’offrir les œuvres complètes de Faulkner dans la pléiade; au lieu de ça, ils risquaient de me faire capoter une fine organisation que je maintenais à bout de bras péniblement depuis quelques années. Rachel, c’était la cinquantaine qui avançait sur la dizaine suivante, si tant est qu’elle ne l’eut point atteinte. Elle avait été belle, sans doute, mais l’alcool et les enfants avaient fait certains dégâts et les pattes d’oie s’étendaient allègrement. Néanmoins, dans cette tranche, elle assurait. Je lui proposais le deal, et, à ma grande surprise, elle accepta. St Jean de Luz n’étant pas relié au réseau aérien, nous volâmes vers Bordeaux, puis le train vers les Pyrénées atlantiques. Hôtel 3 étoiles, mes enfants avaient assuré, belle chambre vue mer. Tout était prévu, rendez vous immédiat avec une spécialiste thalasso et planning du week-end. Impressionnant! 8 spécialités plus 3 repas. Pas un moment tranquille. Dures journées en perspective. Dans la chambre, peignoir blanc aux armes de l’hôtel et tongs à l’aspect improbable. 14.00, démarrage des opérations, hydrojet pour moi, douche sous marine pour Rachel. J’attends sur une chaise au milieu d’un couloir, et là, l’horreur, que des vieux, et quand je dis des vieux, c’étaient vraiment des vieux proches d’un état liquide. Comme les enfants dans l’avion lorsqu’ils voyagent seuls, j’ai autour du cou mon programme de la journée. Je regardai ébahi cet étalage de chairs molles et soudain j’entendis mon nom. L’hydrojet m’attendait. Je fis 3 pas et partis en dérapage non contrôlé vers la porte, mes tongs faisant de l’aquaplaning, je faillis emplafonner la cheftaine de l’hydrojet qui me rattrapa d’une main experte. «  mettez vous contre le mur et gardez votre slip « J’obtempérai et la vis prendre en main une sorte de lance à incendie qui propulsa un jet d’un autre monde au point que je pensais que mon corps allait s’incruster dans le mur. Mon slip chahutait dangereusement sous la pression et je commençais à m’inquiéter de me retrouver nu. 20 minutes plus tard, trempé des pieds à la tête, on me dit de me sécher et je sortis. Un miroir me renvoya mon image: un setter irlandais qui serait passé dans une machine à laver. Une heure plus tard, bain hydromassant, on me colle dans une baignoire, une femme informe branche le système et me laisse mariner dans un bain bouillonnant. Je pensais qu’elle allait me peloter....mais nada. Une froideur hospitalière. Je sors, je me sèche, je croise Rachel, les yeux hagards, le cheveu méconnaissable, elle avait pris 20 ans. Je voulais la réconforter, mais je regarde la pendule, et merde, je suis immédiatement attendu pour un enveloppement «  gelée de saison ». Je cours en zigzagant vers le site suivant qui se trouve être à l’opposé du bain hydromassant. Lá, surprise, je me fais tartiner d’un gel qui sent la myrtille, puis, par dessus je suis enveloppé avec une sorte de plastique. On dirait la momie de Toutankhamon; je ne peux même pas me gratter et avec ça il fait 50 degré sous cet emballage. Je suis au bord de l’apoplexie. 20 minutes plus tard, retour de la dame enveloppeuse qui me libère. Je me douche pour me séparer de la myrtille. Mon prochain et dernier atelier de la journée consiste à faire du vélo dans une piscine. Opération qui se fait en groupe, hélas! Vision tragique de mes futures années. Pour certains protagonistes, il faudrait une grue pour les immerger, quant à faire du vélo, je n’en parle même pas. Des mémés glissent de leur selle et glapissent tels des nourrissons qui réclament le sein. 30 minutes plus tard, je sors. Fin de journée pour moi. À ma grande surprise, je me sens très bien et prêt pour l’apéro. Encore faut il que je trouve Rachel dans ce dédale de portes. Vers les 18 heures je la croise, décomposée, ( á mon avis elle regrette de m’avoir accompagné et de me montrer cette face d’elle que je ne connaissais point). Nous montâmes dans la chambre et nous préparâmes pour une séance bar, alcool, histoire de reprendre ce que nous avions éventuellement perdu dans la journée. Endroit superbe, 2 verres de ,Chardonnay et nous échangeâmes nos impressions. La vue déprimante des clients tous habillés de peignoirs et chaussés de tongs nous avait marqué, mais après le 2 ème verre notre vision était plus positive d’autant qu’un restaurant gastronomique nous attendait. Au menu, dorade sauce vierge Et chocolat au piment d’espelette, spécialité locale. Nous nous installâmes côté jardin, le maître d’hôtel vint prendre notre commande puis, je demandai la carte des vins. Il me dit que nous n’y avions pas droit car mes enfants avaient prévu un menu diététique sans alcool! Je les maudis intérieurement, me dirigeai vers les cuisines et entamai discrètement une laborieuse négociation avec l’adjointe du maître d’hôtel et plaidai ma cause. J’invoquai un risque ( je ne sais plus lequel) en cas de manque d’alcool dans le sang. C’était franchement nul comme excuse, mais un sourire plus loin et surtout un discret billet l’ouvrirent les portes d’un St Émilion 2007 de derrière les fagots que je ramenai à table comme un trophée. Rachel mît ses sourcils en accent circonflexe, signe d’une perplexité intense. Quand le maître d’hôtel revint avec les dorades, il eût la délicatesse de ne pas poser de question sur l’apparition miraculeuse de ce flacon. Nous dégustâmes avec plaisir ce petit festin qui se termina par un café et une promenade le long de la mer. Nous revînmes tranquillement à la chambre pour une nuit des plus agréable. Nous étions fatigués mais heureux. Le lendemain, réveil en fanfare à 8 heures; petit déjeuner sur la terrasse vue mer, puis, à 10 heures, retour au travail qui alternait ce matin là modelage de saison et douche océane. On enfile les peignoirs, les tongs, et c’est reparti. On croise les mêmes personnes, on glisse dans les couloirs, et on est trempés toute la matinée. La douche océane s’avéra une agression au jet qui, me dira plus tard Rachel, lui arracha son soutien gorge; elle avait pu sauvegarder sa culotte de justesse, l’honneur était sauf. Déjeuner léger à l’eau minérale, puis je décidai de passer à l’espace fitness pour finir par un atelier Yoga. Rachel opta sans surprise pour la salle de repos, puis, pour un spa shop. Le soir apéro avec des macarons de Bayonne. Finalement, un excellent week-end, Rachel avait l’air ravie, il faut dire qu’on s’était peu vus compte tenu des programmes et de ce fait, on n’avait pas eu beaucoup de temps pour s’engueuler. En partant, un magnifique sapin de Noël aux boules clignotantes ornait le hall d’entrée. Retour guilleret vers Bordeaux où nous attendait l’avion

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24 décembre 2019

Atelier d’écriture PLUMALIRE du 17/12/2019

Les vagues puissantes de Saint-Jean-de-Luz frappent la plage, tandis que mon corps de rêve se fait
masser dans tous ses recoins par une femme au doigté extraordinaire.
« Enfin un corps de rêve, faut pas rêver » me fit la masseuse. « On n’y est pas encore »
J’imagine qu’il me faudra encore 3 séances d’hydrojet, quelques douches sousmarines ainsi qu’un
bain hydromassant pour atteindre cet objetif ambitieux. Avec tout cela, vous aurez la sensation de
retrouver votre corps de jeune homme, mais soyons réalistes monsieur, ce ne sera qu’une
sensation !...
Mais l’homme un peu vexé se rebiffa. Mais dites donc elles sont toutes aussi agréables que vous les
masseuses ? La femme lui répondit : Oh non il y a bien pire rassurez vous !... L’home décida de stopper
les soins, il était presque midi. Il prit sa tenue de bains à l’esthétique affolante, tandis que la masseuse
rangeait la cabine. L’homme se dirigea vers le restaurant gastronomique. Au milieu du hall, une
fontaine de chocolat dégoulinait de ce nectar diabolique aux pouvoirs aphrodisiaques supposés.
L’homme n’y résista pas. Devant toute l’assemblée, il laissa négligement tomber son peignoir et
plongea totalement nu dans la fontaine de chocolat. Des cris fusèrent de la part des personnes
atablées dans le restaurant. Une femme totalement hystérique qui avait repéré le quincagénaire très
séduisant, se rua dans le hall et en 2 temps et 3 mouvements, se retrouva nue comme un vers.
Elle était simplement ornée d’un collier de piment d’Espelette. Elle plongea dans la fontaine et se
blottit contre l’homme. Ils étaient à présent recouverts d’une fine couche de chocolat. La femme lui
tendit un piment que l’homme croqua sans aucune retenue.
Le spectacle était suréaliste et les clients du restaurant n’en croyaient pas leur yeux. Un couple qui
venait de sortir de l’espace fitness se dirigeait vers la terrasse avec vue sur mer. Mais ils furent surpris
par la nature du spectacle.
Sous l’effet du piment, l’homme se sentait pousser des ailes….Et la limite de la décence m’interdit
d’aller plus loin. Mais vous connaissez : la tentation est plus forte que la raison, alors……
Le couple ne se tenait plus et pour un modelage de saison s’était l’apothéose. La femme était à
présent allongée pour recevoir une douche océane de chocolat du Brésil. Quant à l’homme, excité au
possible, il tenait des propos indescents : il disait à la femme, je vais te faire un enveloppement avec
de la gelée de saison. Et arriva ce qui devait arriver !....

Trois gros colosses de vigiles arrivèrent dans le hall et sortirent manu-militari le couple de la fontaine
de chocolat. Ils les couvrirent de peignoirs qui furent très vite imprégnés de chocolat. Madame et
monsieur, après avoir prit une douche décontractante aux extraits de langur, vous passerez par la
case atelier yoga, pour vous y relaxer avec toute la sérénité attendue.
Sur ces entrefaits, le directeur de l’hôtel arriva. Il était passé par le vestiaire et avait pris des tenues de
rechange pour les deux protagonistes. Il interpella le couple infernal et leur proposa d’achever leur
séjour dans les meilleurs délais. L’homme qui était à présent calmé, lui répondit. Oui nous allons
quitter l’hôtel, mais pas sans avoir goûté les spécialités locales de votre restaurant. Nous désirons
donc 2 daurades sauce vierge. La femme eut un sourire malicieux. Et en dessert, nous aimerions
gouter du chocolat au piment d’espelette ainsi que des macarons de Bayonne, le tout bien sûr arrosé
d’un Saint Emilion 2007.
Le patron de l’hôtel leur accorda cette faveur. Nos deux compères s’installèrent, le temps d’un repas
somptueux. A la fin de celui-ci ils prirent la direction du jardin. Bien à l’abri d’une touffe de bambous,
ils ne purent s’empêcher de reprendre leurs ébats.
Le directeur s’était un instant attardé dans la salle de repos. Il avait été métamorphosé par cette
histoire. Il faut bien avouer que sa vie sexuelle était aussi plate que l’encéphalogramme d’une huitre.
Alors, la vue de ces corps d’esthètes enrobés de chocolat lui avait littéralement fait fondre ses
neurones. Il commençait à péter les boulons de partout. Complètelent déchaîné, il passa par le spa
shop. Il connaissait l’existence de l’arrière boutique avec des produits peu avouables. Il y prit une
tenue de cuir noir, de l’extrait de gingembre et un godemichet. Littéralement survolté, il se dénuda en
quelques secondes et alla rejoindre le couple en plein ébat dans la touffe de bambous. L’hôtel fut
ainsi rebaptisé le Choco’s Trio….

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Atelier d’écriture PLUMALIRE du 05/11/2019

Image choquante que ce cerf en feu ! La taïga s’embrase soudainement au passage du noble animal.
Son brame profond fait reculer le quidam. Les terres résonnent, le chasseur trébuche et même le
renard est totalement effrayé.
Alors image spectaculaire saisie par le photographe ou complicité sournoise de photoshop ? Au fond
peu importe, le choc est là. Violent, insoutenable, perturbant. Qu’as-tu mérité, être des domaines
royaux pour mériter un tel chatiment ? Les questions se bousculent aux confins de mes synapses.
Comment peut-il supporter la douleur ? D’où vient-il, où va-t-il ?

Mais au fond quelle importance, son destin parait scellé. La lutte semble inégale et gagnée d’avance.
Ces bois en flammes sont peut-être l’expression d’une colère intérieure ? Mais on ne peut pas non
plus s’empêcher de croire que des déités couroucées lui aient jetés un sort horrible . Il y a tellement de
possibilités que mon esprit se vaporise. Mes neurones flottent à présent.
Scène hivernale, glaciale d’horreur, mais en même temps sombre et brûlante.
Mon esprit troublé par tant d’hypothèses, n’avait pas vu qu’un petit elfe, s’était glissé à l’arrière plan.
Bien tapis dans l’ombre des broussailles, il s’agitait nerveusement. Il prononcait une sorte
d’incantation à voie basse dans une langue connue de lui seul. Le brouillard devenait plus épais. Le
pelage beige du cervidé se diluait à présent dans une peinture suréaliste digne de Jérôme Bosch.
Désormais la scène suintait comme si une atmosphère étrange et angoissante s’était emparée de
l’esprit des lieux. Chaque atome d’air semblait peser lourd.
La neige s’invitait à présent à cette scène incroyable. Le silence rêgnait maintenant en maïtre. Le vent
fit frémir quelques arbrisseaux nains. La neige redoublait. Les bois du cerf s’éteignaient
progressivement sous les assauts répétés des flocons. Le silence faisait place maintenant à un vide
angoissant. Le cerf était serein, ses flancs laissaient apparaître une musculature généreuse. Les poils
ruisselaient de sueur malgré le froid.
Il fit quelques pas et s’enfonça lentement dans un bosquet de bouleaux nanifiés par le climat. Sa
silhouette diaphane esquivait des ombres furtives. A cet instant, on serait tenté de dire, une image
hollographique, tellement la métamorphose paraissait si peu probable. Au bout de quelques instants,
le grand ruminant avait disparu.
De longues minutes de silence figèrent le temps…/…
Soudain dans un vacarme épouvantable, il réapparut, les bois en feu, les pattes en sang, les yeux
exorbités, le poil dressé sur l’échine. Tel un minotaure en furie, il me fonçait dessus sans ménagement.
A la vue d’une telle force de la nature, mon réflexe d’instinct de vie m’ordonna de me replier en
position fœtale. Et puis mystérieusement rien ne se produisit.
Pour ma part, je venais de comprendre ……en me réveillant avec sursaut. Quel songe étrange ! Mais
au fond, toutes mes suppositions avaient peut-être fait fausse route. Car on peut aussi croire au feu
purificateur, en guise d’avertissement, à moi petit représentant des Homo Sapiens.
Ainsi, il y a plus de 300 ans naquit la légende des bois de Pangu, qui voulait que tout cerf
rencontré en lisière de forêt donnait force et courage à tous ceux qui le laissait passer
respectueusement. Par contre, tout bipède qui avait des intentions belliqueuses, envers lui ou la
planète, serait chatié par le feu divin. Son âme serait à tout jamais déssèchée, telle une latérite en
plein cœur de la fournaise africaine…

Etienne

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dispute

Elle se rapprocha avec un chien qui bavait. Il marchait avec indolence, la tête dans les étoiles. Il avait lu toute la nuit mais ce qu'il lut était soporifique. Il n'avait pas dormi. Il s'était levé puis s'était décidé à s'habiller. Au loin, des cris d'enfants l'avaient décidé à sortir; maintenant ils se rapprochaient l'un de l'autre. Il chercha dans sa tête quelque chose à lui dire pourquoi pas du Shakespeare ou pire du Verlaine. Elle était rentrée tard, la réunion avait duré. Dans sa tête bourdonnaient des mots, des formules, des recommandations, et surtout la déclinaison des objectifs de son manager. Une abeille tournait autour de sa tête, elle traînait derrière elle son caddie bourré d'emplettes. Elle le toisa du regard. Mais quel est donc cet hurluberlu avec sa mallette? Quelle femmelette! Très haut , là haut, dans un ciel d'azur, une branlée de mouettes semblait faire la fête. Mais quand elle vit qu'il la regardait, c'est pas vrai ce type, il sort de quelle planète. Il avait senti qu'un regard rempli d'une immense colère s'apprêtait à le submerger, il en eut des frissons. Il avait pourtant plein de bienveillance. Maintenant, la rencontre était inévitable, mais que dire? Qui va dégainer le premier? Oh quel beau chien ! C'est un fox terrier? Non, un labrador répondit elle. Elle se fout de moi cette miss polydor, pensa t il profondément. Le souffle de sa voix fit trembler les bijoux qu'elle portait. La mer, c'est encore loin, reprit il? Quelle mer répondit elle? mais la mer rouge , ma chère amie! Et le Cap Nord, vous le voyez, monsieur l'ambassadeur du peuple inuit? Bondieu, une psychorigide, marmonna t il. J'ai lu toutes les œuvres de Bourdieu, reprit elle. C'est très bon à l'apéritif, un ambassadeur, se contenta t il de répondre mais avec des glaçons. Vous mangez à quelle heure? Sitôt que ma cocotte minute sifflera trois fois. Elle le prenait vraiment pour un con, lui qui avait toujours détesté les rôles d'espion. Elle se demanda s'il ne valait pas mieux qu'elle avance ses pions. Vous êtes de quel signe? Singe ascendant balance. Et vous? Corbeau ascendant banane! Et le chien? Quel chien? Mais votre labrador! Il fût pris d'une colère verte et continua son chemin. Ne me quitte pas, il faut oublier, tout oublier, lui jette t elle sur son pardessus gris avec des poids lourds comme des bouteilles de butane. Vous connaissez l'hypnose , lui renvoya t il pendant qu'il marchait? Tout n'est que chimère, répliqua t elle et ne continuez pas à vous défiler. Elle lâcha son cabas et lui déballa tout. Il s'immobilisa, se retourna, monta sur ses grands chevaux, la bombarda d'insultes à la noix, pour mettre en pièce cette femelle toute droite sortie d'un univers irréel où tout le monde marche sur la tête. Le gros bouquin lui glissa des mains. Il fit un grand bruit sur le sol, il ouvrit les yeux. Le douanier s'était penché sur lui et une fiante d'oiseau avait taché son beau costume vert. La femme, cria t il! Quelle femme? Mais où suis je? En Moldavie. Il se mit à chercher dans ses poches. Ne cherchez pas, vous trouverez des dames dans toutes les auberges pour quelques clopinettes. Son livre de poche glissa, le chien la tira, elle courut, emportée par la laisse. Il la vit se redresser et courir. Au moment de la toucher, une vague claque et les emporta.

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Atelier d’écriture PLUMALIRE du 26/11/2019

Le chien qui s’était échappé du dog kennel avait embarqué des saucisses et de la choucroute pour
subvenir aux besoins de sa compagne. Ce n’était ni un Walt Disney, ni une mauvaise aventure, mais
bien ce stupide rêve qui hantait chacune de mes nuits depuis cet accident. Ce traumatisme était
ancré dans mon cervelet. Impossible de m’en défaire. Et pourtant la vie trépidante aurait du me faire
oublier ce songe, somme toute très basique.
Les samedis soirs et les nuits qui suivaient étaient toujours torrides. Alors pourquoi saucisse,
choucroute et chien me direz vous. Quel rapport ? S’agissait-il d’un chien alsacien ? Ou alors peut-être
un berger allemand ?
Et si c’était tout simplement une métaphore sybiline ? Par saucisse, faut il comprendre que la
personne qui avait pensé à cela était dyslexique et pensait à 6 sots. Et idem pour la choucroute bien
sûr et il voulait dire de la croute de chou. Bon que faire du chien ? A vrai dire en verlan, cela donne
neihc, soit presque Nietzsche. Alors peut-être était-ce l’écrivain à l’origine de cette stupide histoire.
Mais à la réflexion, je pense que je me suis égaré et qu’il était bien incapabe d’inventer une telle
histoire.
Mes amis à présent, un autre rêve remonte à la surface de mon cortex tel une madeleine de Proust.
Me voici maintenant affublé d’une tomate, d’aimer et d’un porte- jaretelle. Alors là, soudain
Nietzsche se précipite bien sûr. Son sujet Hector aimait à la folie une dénommée Sébastienne. Il est
évident qu’à la vue des jambes de Sébastienne, il ne pouvait que tomber en admiration. Et pour les
aimer, en fait il en était raide dingue. Mais le fin mot de l’histoire, le savez vous ? Eh bien en fait, ses
bas se tiennent sans jaretelle (Sébastienne sans Jaretelle)…
Nietzsche serait il capable d’écrire de telles sotises ? Non je vous l’accorde ; il était bien au-dessus de
cela. Mais le cranberry aidant, je me suis laissé porté par la couleur rouge. Mon esprit troublé par ces
mots barroques fut un instant capable de croire que c’était un bon Saint Emilion digne des meilleures
années.
Mais revenons à Nietzsche, sa plume d’oie crissait sur le parchemin. Et patatra, il faut tout
recommencer. Le facteur vient en effet de livrer un nouveau colis contenant rouge, pyramide et
Georges.
Pour Georges Sand, là c’est un mystère, il ne pouvait pas la connaître, pas plus qu’Alfred de Musset.
Ou alors, on nage en plein délire. Mais rouge, là il va sans dire que cela évoque tant de choses. Le
rouge et le noir ou alors le rouge sang impur des combattants. Mais on peut y voir aussi le rouge à
lèvre d’une dame de petite vertu. A la réflexion peut-être parlait- on du thon de Méditerranée.

Mais au fond je suis stupide, c’est peut-être encore un coup du dyslexique. Pour rouge fallait il
comprendre jeux de roux ?
Mon Dieu, voilà de nouveau le facteur, cet urluberlu de facteur qui vient me livrer de nouveaux
vocables.
Potiche, voilà le petit dernier livré. Peut-être un diminutif de potache. Fastoche me direz vous ! Mais
potache prononcé à l’allemande, on voit tout de suite, un potache bien chaud !....Mais potiche et
pourquoi pas pastiche dérivé de pastis ? Non mais mon pauvre Nietzsche, tu déraille complètement,
arrête tes galégeades. En verlan , potiche cela donne che ti pot ce qui donne en patois Chtimi : ce ptit
pot. Et pas si sot ce petit pot.
Mon Dieu, mon cerveau entre en totale ébullition.
Mes neurones sont en perdition.
Mes synapses entrent en collision.
Mon esprit flirte avec délectation.
Me voici propulsé sur Orion.
Que faut-il comprendre de toute cette agitation ?
Ai-je écris un poème, des alexandrins, ou un boustrophédon ?
Mais comment puis-je sortir de telles contradictions ?
Et oui au secours, enfer et damnation !
Nietzsche, vient moi en aide, sinon je suis en perdition.
Bien affublé de mots sans relation, me voici en prison.
Mon dernier, l’ultime, c’est pyramide. Et là je donne ma langue au lion, oh pardon.
Oh non c’est trop facile et dans une dernière pirouette littéraire, je me dois de rendre hommage à
Champollion…

Etienne Koch

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13 novembre 2019

Le Clochard

Affalé nonchalamment sur le mur de la Poste, le clochard, dégoulinant de pluie, s’agrippe comme un naufragé à sa dive bouteille. Il lance, à l’adresse des passants, des syllabes tonitruantes qui viennent s’écraser sur le trottoir avant d’avoir atteint les mots qu’il souhaitait proférer.

Je feins de l’ignorer ou plutôt je le range dans le flot de mes préoccupations du moment et gravis les marches de la Poste. Ce bâtiment imposant, en briques rouges, de style  art déco est le point de  départ des correspondances vers tous les pays du monde. A chaque fois, quand je pénètre ce lieu, vaste comme une cathédrale, j’ai l’impression d’être en partance pour l’inconnu.

Mes tâches administratives accomplies, je sors et le vois. Il n’a pas bougé mais entretemps s’est assoupi sans doute sous l’effet de la timide chaleur du soleil qui enfin a eu raison de la pluie. A ses côtés un amoncellement insolite de valises protégées par un plastique épais creusé de flaques d’eau.

Je profite de son sommeil pour l’observer comme une voyeuse, fascinée par la métamorphose opérée en mon absence.

La peau cuivrée de son visage rougeoie maintenant sous les rayons. Retenues par un bonnet de tricot crasseux, des mèches argentées frémissent dans le vent qui s’est levé. Des gouttes d’eau perlent dans sa barbe  broussailleuse. La bouteille verte encore mouillée réfléchit l’éclat du soleil et je me laisse éblouir.

La vision de l’homme se brouille de papillons et mon imagination s’envole, emportée par l’écho des destinations entendues au guichet cinq minutes auparavant. Bélize, Belle Ile, Belzebuth…. Des noms inconnus ou perdus dans ma mémoire s’animent et improvisent une histoire. Par bonheur, un banc pour me poser, pour éviter de chanceler avec mes folles divagations. Je suis assaillie d’hallucinations qui font chavirer mon esprit. Un mirage flotte. Ses vapeurs miroitent et planent sur un improbable désert. Par saccades des hydres à cinq têtes en jaillissent et crachent du feu. Elles se tordent entre elles comme pour s’étouffer mutuellement en émettant des cris effrayants. Mais non. Ce sont des singes qui hurlent en faisant des allers-retours express de haut en bas du chapiteau. A  tour de rôle,, ils avancent en ricanant leur grimace hideuse tout contre mon visage. Ils écartent leurs mâchoires gigantesques pour exhiber un gouffre d’où émane une haleine pestilentielle. Je vais défaillir mais suis tellement terrorisée qu’ils en profitent pour coller leurs grosses lèvres visqueuses aux miennes que je résiste. Elles avancent… Elles avancent…. Je perds pied et m’engloutis.

Que s’est-il passé ? Le clochard me fixe. La stupéfaction se lit dans son regard. Qu’ai-je dit ? Qu’ai-je fait ? Mes interrogations vont tous azimuts. Je lui adresse un sourire gêné. Question de voir sa réaction. Pour toute réponse, l’homme renverse la tête en arrière et laisse éclater un rire jubilatoire. Toutes mes appréhensions s’envolent et font place à l’émerveillement d’une situation que mon réveil morose sous la pluie ne pouvait prévoir.

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06 octobre 2019

FIN D’ÉTÉ

FIN D’ÉTÉ

 

 

 

 

Je n'aime pas la ville. L'agitation, le bruit, les trottoirs sales, la bousculade. Mais, quelquefois, les obligations diverses m'obligent à, comme je dis « descendre » en ville car j'ai la chance d'habiter sur les collines.

 

Un peu en avance pour mon rendez-vous chez le gynéco. Un frottis, rien de jubilatoire. Tu parles d'une partie de jambes en l'air ! Rien de folichon.

 

En avance, donc. Un square, un banc. Je chasse les pigeons, que je déteste, essuie avec précaution ce banc, en respect à ma jupe blanche. Un moment pour moi, une récréation.

 

23 Septembre, l'automne…

 

L'été s'en va avec sa cohorte de souvenirs. Que reste-t-il de ces moments variés, riches, ? Ah, cette grosse fatigue à cause de cette foutue cheville, cette tendinite.

 

L'été s'en va. Aucun regret, j'aime toutes les saisons. Mais, l'été, la chaleur, la canicule. Même la piscine me paraît trop chaude. Que je suis exigeante.

 

Souvenirs, souvenir… Voyage. Oui, magnifiques Dolomites, montagnes majestueuses. Mais l'émerveillement de l'an dernier n'est plus. Une touche de déception, de morosité. Ai-je passer l'âge de l'enthousiasme. Serai-je encore déçue ? Ha, che piacere. Je parle italien, cette langue riche et voluptueuse. Pur bonheur. Mais, la nostalgie me murmure : tu aurais pu être interprète, ton rêve ! Je reviens à ici et maintenant. Hic et nunc. Sur ce banc ! Je fouille ma mémoire.

 

Le petit lutin qui m'éclabousse de bonheur. Gouttelettes de joie qui s'enroulent en mon cœur, s'accrochent à mon âme.

 

Souvenir, souvenirs, l'autoroute et sa cargaisons de camions hideux, menaçants, qui me veulent du mal !!

 

 

 

 

 

 

 

Et puis, la montagne, encore, cette complicité avec la nature. Caresse du vent, verts mélèzes. Je ne suis pas nostalgique. La vie me pousse. Éclairs de joies. Contraintes, peines.

 

Que reste-t-il ? Je n'ai rien accroché à ma banderole de souvenirs.. Quoi ? Moments d'amitié, de partage en préparant les pan bagnats.

 

 

 

Et puis, à nouveau, la fatigue, la sueur, la peau moite, les cheveux collés. Et aussi, les réveils. Tant de beauté offert à ma vue. La ville, au loin la mer qui me chuchote « viens ». Et les bateaux qui me chuchotent « viens ». Chaque matin vibre d'une beauté indicible. Mais, ma saison préférée reste le printemps. Autre plaisir estival, devant mes yeux ravis, les agapanthes qui éclatent en camaïeu de bleus. Le rouge des cannas marié à ma couleur préférée.

 

Oui, j'aime l'été. Sur ce banc, à l'ombre je n'entends plus rien. Si mon cœur. Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous. Le souvenirs ne se partagent pas. Ils sont miens. Quoi de plus déprimant que les photos-souvenirs offerts à nos amis ? Cela n'intéresse personne.. Et puis, les cartes, écrites à la va-vite. Et celles d'Italie qui n'arrivent jamais ! Peu de partage.

 

ZUT ! Quelqu'un s'assied sur mon banc, qui me dérange, m'importune. Quel toupet !

Je tourne le dos à l'intrus. Une tape amicale sur l'épaule. Quel toupet ! Je suis obligée de faire face à l'inconnu. Je reste bouche bée. « Il y a si longtemps que je rêvais de te retrouver. Plus de nouvelles. Pourquoi ? Pour me punir à nouveau ? Vieille amitié détruite par la jalousie morbide ». Ce flot de paroles m'agresse. Que veut-elle ? Ma meilleure amie d'alors tombe dans mes bras en pleurant. Toujours théâtrale, elle tord ses mains, s'agite tout en guettant ma réaction. Perfide ! »Relève-toi, tu me fais honte ! Te donner en spectacle ».

 

Un souvenir de plus. Pas le meilleur. Une trahison, un soir de folie. Une dispute, une rixe, un couteau, la lame étincelante sous le regard narquois de la lune. L'horreur ! Je ne veux pas lui parler. C'est l'heure de mon rendez-vous. Je me lève. Sa main sur mon bras m'oblige à rester tranquille. Cette force, j'avais oublié. Que veut-elle ? A nouveau la peur.. Réagir, vite. Je me libère. Je cours dans la rue. Au secours, au secours, cette femme m'a agressée, elle est folle.. Un attroupement se forme aussitôt.

 

Elle est prisonnière. Elle va payer pour ce qu'elle a fait. Elle crie, hurle, se débat lorsque le policier intervient. Je me bouche les oreilles. Je ferme les yeux. Ne plus l'entendre, ne plus la voir. Je m'évanouis !!!

 

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25 septembre 2019

une femme, un homme

Edna marchait dans la rue avec son sac à provisions quand elle dépassa l’automobile. Il y avait une pancarte sur la portière : « Je cherche une femme ».

 Cette automobile, elle la croisait tous les matins en revenant du marché. Jo, le chauffeur, lui était devenu familier. Ils avaient même pris l’habitude de se saluer. Un jour, ils iraient boire un café, flâner main dans la main, Edna se prenait souvent à espérer.

Cette pancarte « Je cherche une femme », c’est la première fois qu’elle la remarquait. Quelle femme ? ni photo, ni numéro...

L’automobile dépassa lentement Edna et tout en continuant à rouler, Jo lui dévoila un sympathique sourire quoiqu’un peu sarcastique, ce qui n’était pas sans déplaire à Edna.

-        « Bonjour, belle Edna, toujours aussi chargée ! »

Edna lui rétorqua aussi sec.

-        « Bonjour Jo, les affaires sont bonnes aujourd’hui ? »

Jo, qui continuait à rouler à la hauteur d’Edna en veillant à la frôler subrepticement, lui répondit d’une voix exagérément suave

-        « Ce n’est pas aujourd’hui que je vais renflouer mon compte en banque, ma belle » 

Puis, il accéléra et cria par la fenêtre à la volée « Edna, je cherche un femme ».

 Arrivée chez elle, dans sa petite chambre, tapissée d’affiches de ses films préférés avec Marlon Brando, Jean Gabin, Steve Mac Queen, Edna rangea ses provisions et décida que ce serait elle, LA femme.

Même si Jo était du genre guindé et que, les grandes déclarations, les mots doux, trop peu pour elle, elle s’en accommoderait.

Jo, après tout, pourrait se révéler comme l’homme un peu rustre, le cow-boy corrézien parfait, le Cary Grant plein de poils de Tulle. Jo serait l’homme qui lui ferait découvrir l’amour rustique, le vrai, c’est décidé !

Edna irait l’attendre à la station taxi de la gare dès demain et se présenterait à lui avec aplomb en déclamant haut et fort :

« Tu cherches une femme ? je cherche un homme, allons-y ! »

Edna et Jo se déshabilleraient du regard et se promettraient de prendre en verre. Mais pas l’un de ces cocktails comme dans les films romantiques, servis dans un verre à pied fin avec des pics et des olives et ces mélanges de couleurs trop éclatants. Non, ils iraient boire une bière bien fraîche et feraient claquer leurs pintes bruyamment à en faire trembler la table en formica du troquet. Ensuite, ils roteraient ensemble, au diapason, en toute complicité.

Avec Jo, Edna ne jouerait pas la prude, la coincée, la sainte-nitouche, tous ces surnoms dont les hommes l’affublent trop souvent et qui suscitent chez elle dégout et répulsions.

Jo serait, certes l’incarnation de la force dominatrice, mais aussi l’homme de toutes les déclarations coquines, celui de l’infinie passion charnelle.

Edna s’endormit enivrée par ces torrides pensées.

Le lendemain, promesse tenue, Edna se rendit à la gare et aperçut Jo, debout au loin, accoudé sur l’automobile.

A vrai dire, il n’était pas vraiment beau, pas assez trapu, trop longiligne. Elle ne l’avait jamais vu debout. Mais bon, ça irait ! « Jo cherche une femme, je cherche un homme, l’alchimie sera évidente ».

Parée de sa seule et unique robe, la robe bleue de ses vingt ans, Edna s’approcha fièrement de Jo. Il la dévisagea interloqué en levant le menton.

« Bonjour Edna, qu’est-ce que vous faîtes là ? Vous avez besoin que je vous dépose quelque part ? »

Edna lui glissa en toute simplicité avec une assurance déroutante :

« Dans ton lit, si ça te dit Jo, dans ton lit. Tu cherches une femme non ? »

Jo éclata de rire, regarda autour de lui, prit Edna dans ses bras comme une jeune mariée qu’elle n’était pas, et dévala précipitamment le grand escalier de la gare pour rejoindre son appartement.

Dans la petite entrée sombre, Jo s’agenouilla sur le tapis pour y déposer Edna et sans se relever, les yeux embués de larmes, lui déclara le plus beaux des poèmes.

« Edna, mon Etna, ma fusion, mon effusion, mon éruption, tu es venue, tu t’es reconnue, toi mon petit pinson »

Jo, pour le moins essoufflé après sa dithyrambique tirade, posa délicatement Edna au bout de son lit et lui chuchota :

« Comment avez-vous deviné que je vous cherchais, que je t’attendais, Toi.

Aujourd’hui, je te veux pour la vie, mais pas sur ce lit, pas dans ce costume décati tout gris. Reste ici, s’il te plait, attends-moi » il quitta aussitôt l’appartement.

Seule, Edna se leva brusquement. Droite dans ses bottes, poings serrés, elle maudit cette rencontre platonique avec ce poète des bas étages, cette grande tige surannée. Ce second rôle de l’amour au rabais, elle n’en voulait pas !

Elle claqua la porte et rejoignit son antre, accueillie par ses fidèles et immuables amants oniriques du 7ème Art. Elle se glissa dans un bain, puis elle sortit de sa baignoire, se sécha avec une serviette et mis des bigoudis roses. Elle décida de ne plus revoir Jo.

Atelier d’écriture, Plumalire, Nice Alpes-Maritimes, 17 septembre 2019 D’après la nouvelle de Charles BUKOWSKI, «Solitude »

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24 septembre 2019

Solitude

SOLITUDE

17 Septembre 2019 extraits de la Solitude de Bukowsky.

Edna marchait dans la rue, avec son sac à provisions, quand elle dépassa l'automobile. Il
y avait une pancarte sur la portière « je cherche une femme ».
Elle se mit à trembler, nerveusement, serrant contre elle ce vieux cabas, vide.. une fois de
plus. Le porte-monnaie, vide aussi !
Arrivée devant la voiture, elle se mit à rêver. Et si c'était LUI ? Lui . Oui bien sûr, lui, qui
cherchait une femme. Elle, bien sûr .
Mais, que signifie le mot femme ? Femme : un être humain, une tête, quatre membres, un
cerveau qui commande. Femme, une mère, une épouse, une sœur.
Et, si je postulais pensa-t-elle ? Téléphoner ? Envoyer un c.v? Cherche une femme...
Annonce mystérieuse, alléchante. Peut-être bien payée afin d'alimenter son compte en
banque! Mais, que dire, comment se présenter ? Et puis, ce n'est pas lui. Cet homme qui
cherche une femme, ce ne peut pas être crédible, honnête.
Elle s'assied sur le bord du trottoir, rêve, parle toute seule. On la bouscule. Personne ne fait
attention à elle. Elle voudrait se lever, crier « regardez-moi, j'ai été jeune et belle aussi, oui
belle ». Les larmes coulent sur son visage ridé. Personne ne la regarde plus. Plus jamais.
Même si c'était lui, il ne ferait pas attention, ne la reconnaîtrait même pas , lui jetterait une
pièce. Elle se relève péniblement, essaie de se tenir droite, de prendre un air guindé pour
avoir l'air d'une personne normale. D'une dame. Au fait, c'est quoi une personne normale ?
Une dame en tailleur, bien coiffée, manucurée, propre ? Mais Edna se sent propre à
l'intérieur. Et puis, propre ça veut dire quoi ? Habits propres, cœur sale, esprit sale,
mesquin !
Elle s'éloigne de la voiture, revient, voudrait noter le numéro de téléphone.. Mais, elle n'a
pas de stylo, pas de papier, pas de téléphone. Son reflet dans la vitre de la voiture lui fait
peur. Un pas en arrière, une grimace de répulsion pour ce qu'elle est devenue.
A présent, elle rase les murs, veut se sauver, rentrer chez elle, fermer les yeux. Ne plus
sentir ces regards de pitié lorsqu'elle quémande chez le boucher, le boulanger.

Mais, la tête lui tourne. Que fait-elle sur ce trottoir, en charentaises ? Elle revient vers

cette voiture, cette pancarte. Elle voudrait répondre à cette annonce, essayer, crier, se faire
connaître, re-connaître. Mais la peur lui hérisse le poil. Seule sur ce trottoir, comme un
chien galeux, abandonné. Elle est abandonnée, elle s'est abandonnée. Elle a laissé l'usure
du temps recouvrir son corps, anéantir les connexions de son cerveau, noircir son regard.
Elle a tout perdu ! Elle n'avait rien mais elle a été grignotée de tous côtés. La vie l'a
bouffée, dévorée, malmenée.
Elle est debout, les bras écartés, elle tourne sur elle-même, le regard vide. Puis,
doucement, lentement, elle se met à marcher vers son moi enfoui, enfui. Aux terrasses des
cafés, des jeunes insouciants sirotent des cocktails en riant.
Edna ne rit plus depuis longtemps. Ne sourit plus non plus. La source est tarie. A qui
sourire ? A qui parler ? A son chat aussi miteux qu'elle ? Aux murs gris de sa folie ? Au
miroir qui ricane en la voyant. A qui parler ?
Soudain, une pensée lui traverse l'esprit. Et si elle écrivait. Si elle confiait à un cahier ses
bleus à l'âme. Elle aimait tant écrire alors. Elle disait que c'était sa thérapie. Il écoutait ses
textes, tristes, amers, drôles. Il aimait les lire à haute voix avec ses intonations, son accent
du soleil. Il l'encourageait, lui conseillait de cracher ses mots, ses maux, sans être prude.
Être soi-même, la seule vérité, un slogan, un leitmotiv, une certitude.
A présent, elle ne sait plus écrire. La page blanche lui donne la nausée. Et pourtant,
pourtant, si j'essayais. Mais pour qui, pour quoi ? Pour toi lui dit la petite voix intérieure.
Alors, Edna se persuade que son salut est dans l'écriture. Oui . Vite. Je rentre. J'écris.
Je vis. Je revis. Écrire sera ma force. Et puis je lirai mes textes à Minos, mon chat, qui
ronronnera de plaisir.
Rentrée chez elle, Edna s'affaire. Un cahier vierge, un bout de crayon, un dictionnaire, on
ne sait jamais. Que dire ? Qu'écrire ? Elle ne sait plus, se heurte aux mots, aux phrases
bancales, à la ponctuation décadente, aux adjectifs paresseux. Écrire. Oui. Liberté, évasion,
rêve. Où chercher l'inspiration ? Où trouver un texte riche, solide ? Intéressant ! Son
cerveau en miettes ne lui souffle rien de bien joli. Pourtant, elle aimait jouer avec les mots,
le rimes, les haïkus, les acrostiches. Elle jouait si bien. La partition vide du lendemain sans
espoir la terrorise. Même ça!
Elle se sent anéantie, au tapis comme disent les jeunes ! Elle roule le crayon entre ses
doigts , parle au chat, lève les yeux vers la persienne,le plafond, la table.

Avant d'écrire, se dit-elle, je vais mettre de l'ordre dans mon intérieur. Mon intérieur à
moi. Ma tête, mon corps et mon esprit. Se laver. Laver mon cerveau pour y voir plus

clair.
Et puis, prendre le stylo-plume, écrire aussi sur une petite pancarte « je suis la femme que

tu recherches, je suis prête, attends-moi, je serai là quand tu le décideras. Laisse-moi un
peu de temps. J'arrive ».
Un bain pour se délasser. Baignoire sabot, mal au dos.
Vite, sortir, dévaler toutes ces marches, courir, respirer, sourire. Que faire maintenant ?

Être présentable . Mettre sa robe bleue, ou la rose, ou la blanche ?
Puis elle sortit de la baignoire, se sécha avec une serviette et mit des bigoudis roses.
Elle décida de ne plus revoir Jo.

Posté par plumalire à 12:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]