Je regardais la falaise sur le point de s’effondrer en ce début du mois de mai où le soleil dardait ses rayons lumineux sur le paysage en fleur bordant la mer. Il y avait surtout beaucoup de roses. Le ciel d’un bleu camaïeu emplissait mon cœur d’une joie profonde face à ce jardin de rêve. Avec surprise j’aperçus au loin un chalet dans la forêt qui coiffe une petite île plantée au milieu de l’océan.

Puis mon regard se posa sur un immense radeau où s’entassait un groupe de personnes prêt à partir en voyage. Je me suis dit :

« Ces personnes auraient mieux fait de prendre un avion plus sûr que cet engin de fortune. ».


 Mais une petit voix intérieure me répondit :loriquet


 « Comme tu es stupide ! Où veux-tu qu’il se pose ton aéroplane, au milieu de tous ces cocotiers au feuillage touffu, dans cette rivière de plantes ? Et puis, sur cette embarcation, ils profiteraient mieux de la beauté du paysage, des chants mélodieux des oiseaux au plumage coloré, de cette profusion de fruits qui s’offrent comme des friandises inconnues. »


Une plume d’oiseau d’une blancheur immaculée tourbillonna dans l’air et tomba à mes pieds, me tirant de ma rêverie. Toute cette vie qui s’agitait autour de moi fut un véritable remède à la mélancolie qui m’envahissait souvent. Ma mère avait raison de me dire lorsque j’étais enfant que le bonheur se trouvait surtout dans la nature. Je le ressentis en ce mois de mai, où assise sur cette plage, j’alternais lecture, écriture et croquis de palmiers. Quelle félicité !


Mais celle-ci fut brusquement interrompue par ma fille, qui, avec ponctualité, vint me chercher à midi pour le déjeuner. Je choisis surtout de rentrer à la maison à cette heure-là afin de présenter mes vœux à mon amie qui venait de se marier. Je lui devais bien cela : elle n’omettait jamais de m’envoyer ses bons souhaits à chacun de mes anniversaires avec de nombreux cadeaux, des gâteries de toutes sortes. Tant de tendresse me procurait des sentiments de paix et de sérénité.


Des sentiments proches de ce que j’éprouvais quand je descendais dans la plaine et que j’observais les papillons multicolores voltigeant de branche en branche, les fermiers tressant et rentrant des bottes de paille dans les granges. J’avais de la peine à détourner mon regard de sa contemplation, comme un pêcheur de sa ligne.


Car j’aimais la vie à la campagne. J’adorais la compagnie de ces rudes paysans de tout âge, la pipe sans cesse entre les dents. Ainsi que le bruit des pilons de leurs épouses écrasant de l’ail. J’admirais énormément ces femmes à poigne toujours drapées dans leurs pagnes et fières comme des paonnes.

Nice, 4 janvier 2010

Françoise AKOUA