La rainette s’étira avec volupté, sirota un peu de bave de crapaud, et, coquette, l’allure coquine et les cuisses rebondies s’allongea près de l’étang.

L’eau était limpide en ce soir d’été, mais glacée. Elle ne voulait pas y plonger, redoutant un refroidissement nuisant à sa rapidité !!

Son amie la lune, complice, lui fit un clin d’œil : je t’écoute ma douce, je te trouve aguichante. Un rendez-vous en vue ? Que nenni lui répondit la grenouille. Je suis si seule, personne ne me trouve amicale, même mon ami le nénuphar m’ignore me taxant de futilité.

La tiédeur du soleil distribuait encore ses caresses sous les taillis. L’heure était à la sagesse après le vacarme diurne. Le jardin embaumait le romarin, et la tortue, éprise de liberté, s’essayait à une cavalcade, ivre d’élasticité.

Le lapin agile et solitaire, doux et sauvage, ruminait des pensées facétieuses. Quelle sotte cette grenouille ! Ne sait-elle pas que pour être attachante, elle doit être moins majestueuse, moins orgueilleuse. Il l’avait vue pendant sa sieste dans un désert de solitude, prenant des pauses, tâtant l’élasticité de ses membres…

La lune, généreuse comme à l’accoutumée lui fit signe d’agir. Tout en souplesse, rapide et silencieux, même pas craintif, il s’avança vers la grenouille, ne mâchant pas ses mots –il préférait les carottes- crachant même un venin trouble.

 Ma pauvre fille, que d’orgueil démesuré. Tu crois avoir tous les pouvoirs. Mais tu es en danger. Ton approche est sournoise, ta langueur n’est pas volupté. Ton mimétisme est bidon. La grenouille, vexée, laissa couler une larme perfide. Ciel, quel culot celui-là, qu’il aille vers d’autres horizons. Il n’a aucun charisme.

Elle ne pensait pas être égoïste, mais d’humeur étale et recherchait un compagnon non farfelu, pour la vie courante. Lovée dans son aire, la lune grimaçait. L’altitude la berçait, mais cette stupide l’agaçait. Elle allait y laisser des plumes, elle qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ! La

mouvance de nuages planeurs lui cacha le tableau terrestre .Elle se tourna pour se reposer en pensant que l‘orgueil ne peut pas aboutir à un échange, une écoute, une communication. L’être humain est féroce, pas besoin d’envergure comme un aigle pour réussir.

Il faut écouter son cœur et le monde retrouvera la fertilité dans le positivisme.

Monyk 15 Mai 2012