lunettes            C'est ainsi que dans cette mer en mouvement, j’ai perdu mes lunettes.

Sans faire dans la dentelle, je me suis sentie ensorcelée car il fallait réaliser à l'horizon de 2013, le projet d’écrire sans lunettes.

                          Après la recherche d'un atelier d' écriture , une large palette de contacts mail me donne le tournis : écrire oui, mais quoi?

- la peinture? j'y connais rien!

- le paysage? n'en parlons pas!

- l’école? non merci c'est mercredi !

-le portait? oui pourquoi pas !

                           Écrire sur moi, puisque j'essaie de me connaître. Allez, je me refais le portrait !

                           Comme une ouvrière besogneuse en mal de public je m'essaie à travers ce talent d'écriture d'un texte sans lunettes.  C'est à la fois une exigence de style et de représentation théâtrale que d'écrire un texte sur soi. Advienne que pourra !

                          Même avec ma paire de lunettes à double foyer, de toute façon je n' y vois rien !

                          Moins de lettres pour plus de mots pourrait correspondre à un essai respectueux et consciencieux de se lancer dans le vide de soi.

                          Verte de peur puis rouge de colère, dans cet espace citadin fermé sur nous cinq, nous nous essayons chacun. Ce cadre humain, entre ma voisine de droite qui se relie déjà et mon voisin de gauche qui cherche un mot, me font prendre conscience de mon écrit miséreux. De nombreux mots, mais pour dire quoi ?

                            Une odeur de biscuits et d'infusion à l'eucalyptus comme une saveur culinaire me disent qu'il faut faire vite car le temps passe : 10 h 54 et toujours  rien sur les lunettes que je ne mets pas pour mieux voir, pour mieux savoir.

                            Exercice trop rigoureux, je me sens d'un coup vieillir car je n'écris pas de scénarios fantasques avec des moments drôles et émouvants permettant de se voir a travers un télescope.

                          Je partirai, c'est sur un pied devant, fouettée par l'air du temps dans une voiture rouge pétant.  Le visage collé aux traits de biais de la bique aux dents d'acier. Pas de chance, j’ai une dent contre elle ! Elle va finir dans le plâtre.

                          Cette paire de lunettes perdue dans la mer m'a permis de rencontrer et d'écouter. Et pour la prochaine fois, faire de ce moment-là une notice explicative pour rattraper ses lunettes grâce à ses oreilles.

 

Danièle Halimi

13/02/2013

Merci