Cette fois, nous voici devant un pavillon bien caché dans la forêt enchantée. Un beau marteau brille de tous ses feux sur la petite porte basse. Mais comment faire pour y entrer ? Suffit-il d’y frapper comme sur une enclume ? D’y frapper comme si on la frappait d’horions ? D’en faire plusieurs fois le tour comme un colimaçon ? De tendre l’oreille à l’ouïe plus ou moins fine ?

Tout autour de la forêt bruit un doux murmure. Elle nous force à tendre l’oreille, à avoir une écoute fine et à ne pas faire état d’une certaine surdité comme si elle  nous parlait de bouche à oreille. A l'orée du pavillon, des oisons s’ébattent joyeusement en cherchant peut-être des rillons. Des loirs gambadent à loisir dans les sillons d’argent où s’épanouissent encore des roses malgré la saison. La forêt semble sourire de toutes ses feuilles ; ses branches où se cachent des nids dans lesquels s’égosillent moult oiseaux au plumage plus rutilant l’un que l’autre. Des boules de graisse  brillant comme de l’or  nourrissent ce petit peuple car c’est l’hiver.

Plus loin, un labyrinthe, piste de jeu des perce-oreilles, semble partir de l’arrière su mystérieux pavillon. Encore plus loin, au beau milieu de la forêt un grand champ rempli de bouquets multicolores disposés en carrés, qui semblent pousser à foison au milieu d’un tapis d’oreilles de souris. Tout cela est féérique et baigne dans un tourbillon de joie, de bonheur, de couleurs. Un petit chemin a qui pourrait être emprunté par des nains, ou des fées, ou des elfes ramène vers le pavillon qui parait être la clé de tout.

Toc toc fait le marteau sur la porte comme lesmarteaux dans le fouloir.

La porte s’ouvre sans bruit et apparait un gros bonhomme, vêtu comme un vizir avec turban à aigrette, pantalons bouffants, grosse barbe dans laquelle  brillent des pierres précieuses, moustaches cirées, grandes bottes de cuir souple, boucles d’oreilles scintillantes, bagues aux doigts et surtout un grand sourire de bienvenue. Il n’a pas l’air couillon. Bien au contraire. Il ne s’exprime pas en vers mais en prose comme vous et moi. Son intérieur ressemble un peu à un cabaret rempli de miroirs, de plumes, de peluches de tous les personnages des contes de fées qu’on peut relire dans la presse aujourd’hui. Sur une table bien garnie de bonbons, gâteaux, sirops, mirlitons, le couverts est mis comme pour assurer sa survie.  Des petits cochons roses en pâte d’amande attendent les gourmands. Ce personnage n’est pas un freluquet et nous invite à sa table en nous disant : « C’est Noël, je vous attendais… »
 A. G. – 17/12/2013 – L’oreille, le conte.