Longtemps, on m’a considérée comme un OVNI.  On imaginait que mon pays existait dans une certaine irréalité et que, quelle que soit la vitesse, on ne pourrait jamais l’atteindre. J’avais beau évoquer son passé, on ne me croyait pas. Quant à son futur, quel futur dans l’irréalité ? Mon allure déconcertait les gens ! J’étais calme et même lente parfois, face à ceux qui semblaient faire toujours la course avec eux-mêmes, avec les autres, avec le temps. Pour moi, c’était du passé tout cela. Ce qui n’était pas fait le lundi serait fait un autre jour plus ou moins proche ou lointain.

Mes pas me menaient où les autres n’allaient pas. Mes jambes me conduisaient ici et là sans but précis. Les haies croisées sur mon chemin me procuraient des rencontres inattendues et oubliées de tous les autres depuis bien longtemps dans leurs villes polluées : cheval à la belle robe luisante s’ébattant dans la prairie ; oiseaux multicolores gazouillant et voletant dans l’espace clair ; libellules mordorées et tant d’autres merveilles que j’avais quittées en même temps que mon pays.

Pays où les montagnes emportaient mes rêves.

Pays où la cadence du temps était plus légère.

Pays où les stades gorgés de soleil croulaient sous les Hourras et les Vivats.

Pays où l’horizon se confondait avec la mer.

Pays où le temps n’était qu’un éternel printemps.

Pays où on ne se roulait pas dans la gadoue.

Mais là, je fais un saut dans le temps passé.

Je veux bien être l’ovni de service pour les autres en respirant le parfum des troènes en admirant les labours réguliers qui dessinent les champs. Je préfère cela, même si c’est une sorte de mythe, à la vie de fous de mes concitoyens.