Atelier d’écriture PLUMALIRE© du mardi 13 décembre 2016 THEME Jardinage écologique

La nèpe par un miracle inattendu
Sortit de l’eau pour s’inscrire dans la vertu
Elle parvint au sommet de la canopée
Tout en haut régnait le seigneur Okoumé
Elle se fit conquérante dans l’azur flamboyant
L’okoumé fut empreint d’ombrage et en devint rougeoyant
Petit être éphémère tu oses te pâmer ainsi
Eh oui grand Okoumé, je suis bien hardie
Tu serais pourtant mieux parmi les ignames
Quant à moi je suis le roi des Phanérogames
La nèpe n’écouta point ce bois sacré
Elle avait décidé de se sortir du bourbier
Parmes, se firent les nuages en ce crépuscule
Même l’azur s’inquiétait des velléités de cet être minuscule
Le ciel lui-même s’assombrit devant une telle insolence
Le grand Meaulnes lui aussi n’aurait pas cette insouciance
Un aulne égaré se mêla à la conversation
Il dit à la nèpe : arrête donc cette altercation
Tu es ridicule, car même pas au rang des diptères
Oui je sais et je ne suis pas non plus un coléoptère
L’aulne sage lui tint ce langage
Va dans les épiphytes et nage !
Mon règne c’est plutôt les saprophytes
Mais tait toi donc et de la vie, profite !
Un ébène macassar observait la scène
Si tu continue nèpe, je t’expédie à Sartène
Il en va de ton honneur de rester zen
Mais comment faire mon valeureux ébène
Hé bien voilà, je te propose de partir en Russie
Mais comment faire ? Laisse-toi voguer sur une jussie !
Mais tu ne comprends rien petite peste
Si tu continues je vais te mettre une veste
Oh mon grand ébène, je te promets d’être sage
Il y a intérêt, sinon je t’envoie chez le mage
Mais petit farfadet te rends-tu compte de ton imprudence
Ben non, parce moi j’agis en toute innocence
Eh  bien à présent réfléchis ou je te transforme en ardoise
Mais comment faire ? En me caressant avec cette armoise !
Dieu que tu es sot, stoppons là ces calembredaines
Soudain dans cette conversation s’immisça une bourdaine
La nèpe la vit subrepticement s’inviter dans cette farandole
Elle lui jeta sèchement : tu veux qu’on te cajole ?
Mais non je passais par hasard, ne m’agressez pas !
Oh si j’étais toi je me ferais discrète pour éviter le trépas
Un chasseur de papillons surgit à ce moment précis
Son filet ne recélait pas encore de ces véritables petits génies
Il avait compris qu’il venait de casser un dialogue
Il fila en catimini et remonta dans sa pirogue
Il descendit le fleuve et se rendit à Bangui
Il fut accueilli par une tribu en passant sous une arche en gui
Les autochtones lui offrirent du quat
Il le mastiqua et leur donna des kumquats
Ils burent des breuvages sataniques
Le jeune chasseur en devint lubrique
Il se coucha sur la paillasse dans la hutte
Dans son sommeil il trébucha sur une butte
Le lendemain, l’esprit embrumé il raconta l’histoire
Les indiens Mayapous s’écrièrent : comment, c’est sur notre territoire !
Ils n’écoutèrent que leurs âmes et partirent dans la jungle tropicale
Médusé, le chasseur de papillons les suivit, mais il était bancal
Arrivés au pied de l’Okoumé, ils eurent conscience de l’affront
Une petite nèpe venue tutoyer le géant, toute droit sortie de son bas-fond
Mais quelle audace insignifiante créature, comment oses tu ?
Pâme toi, prosterne toi, porte le aux nues !
Mais moi petite nèpe, je vous vaincrai tous, y compris le raphia
Ola, tout doux, sais tu à qui tu parles, lui lança un vieux kentia ?
La seule issue qui s’offrait à elle aurait été le retrait
Les Mayapous s’impatientaient, les lances fusaient dans l’azur
La nèpe se croyait reine des lieux ; quelle étrange créature !
Le vieil ébène macassar l’attrapa pour lui expliquer la vie
Tu sais ma petite, tu n’es qu’un petit être au désir inassouvi
Ton existence, si importante soit elle, n’est qu’éphémère
Sur cette terre, tu ne verras guère plus de 2 ou 3 nycthémères [1]
Alors renonce devant la sagesse et la grandeur de l'Okoumé
Les lances des Mayapous se faisaient pressantes envers le farfadet
Le petit freluquet sentait les mailles du filet se resserrer
Il se dit que son heure était venue pour se rassurer
Il capitula sous la pression qui fut bonne conseillère
Il s’inclina respectueusement, redescendit du tronc, se dirigeant vers la terre
Comme le dit si bien ma cousine
La morale de cette histoire est divine
Ne pas s’attaquer à plus gros que soi
nécessiterait d’être une vertu de roi
Il va sans dire également que le respect est une obligation envers les anciens
Cette dernière phrase était d’ailleurs gravée dans le tronc de l’Okoumé par un terrien !
Etienne KOCH

1)      En écrivant jardinage écologique en vertical, trouver les mots évoqués en choisissant uniquement des noms de plantes ou d’insectes. Dans une deuxième colonne trouver des verbes ou des adjectifs ou des rimes avec les mots de la première colonne.

Jussie                  Russie

Armoise             Ardoise

Raphia                Kentia

Diptère               Coléoptère

Igname               Phanérogammes

Nèpe                   Cèpe

Aulne                  Le grand Meaulnes

Gentiane            Membrane

Epiphyte            Saprophyte

Ebène                 Sartène

Calocèdre          Libocèdre

Orme                  Parme

Laurier               Bourbier

Okoumé             Parmé

Gui                      Bangui

Irésine                Cousine

Quat                   Kumquat

Ulve                    Verve

Ephémère         Nycthémère

Pour s’échauffer l’esprit, trouver 2 à 3 expressions à base d’insecte.

On entend une mouche voler/J’ai les abeilles

2)     Enfin, en utilisant tous les mots de votre réservoir, imaginez une fable qui met en scène une plante et un insecte de votre liste, avec un dialogue vif, empreint d’une certaine forme d’humour et dont la fin contient une morale. Elle sera si possible avec des rimes et pour les puristes en alexandrins. En outre, elle ne devra pas utiliser les verbes suivants : aller, prendre, devoir, voir.

 



[1]   Unité physiologique de temps d'une durée de 24 heures, comportant une nuit et un jour, une période de sommeil et une période de veille