Il la connaissait bien la chanson, le pauvre échanson. Soldat naguère il avait eu le mauvais œil; il lui aurait fallu des lunettes mais il était déjà en survie, le cercueil flottant près de la mort qui l'attirait dans son rêve. Cette chanson sans musique, lui faisait prendre son pied mais planté près du marigot, il craignait fort les Visigoths. Son étoile avait pâli, le ciel s'était obscurci, de son nez si délicat il percevait une odeur de cerfeuil. Etrange! Bigre, cette chanson devait le mettre au seuil de la vie! La nostalgie l'envahissait à hauteur de son orgueil, c'est peu dire combien il était submergé!! Comment avait-il pu croire à cette chanson et se laisser entraîner dans ce phalanstère improbable, lui un membre éminent de la soldatesque avide de guerre et d'invasion. Mystère...pourtant il l'entendait encore cette chanson; curieuse impression de jouer un rôle dans cette pièce de théâtre croquignolesque. Drôle de sentiment que de se sentir tomber de son piédestal. Il se leva, s'immergea dans l'eau de la rivière, puis, s'habilla de pied en cape.  Il ne saurait dire s'il avait encore bon pied bon œil, il se sentait en période de sevrage et pourtant il n'avait rien bu ou consommé d'illicite. Il ne reconnaissait rien dans ce monde, pas de bateau sur l'eau pas d'oiseau dans le ciel. Mystère! Il suivit la chanson, voyage de découverte au milieu de......il ne savait pas quoi! Lui, le mercenaire qui en avait tant vu, il était perdu. La musique continuait encore et encore comme un disque rayé. Il avança et soudain, point besoin de décodeur, il comprenait! Le phalanstère était une ruse; tout cela n'était qu'un cirque de saltimbanques. Il était désormais piégé dans une BD, avec une boîte à musique et il passerait ses jours à tenter de déchirer la toile et à s'évader de ce monde à pied à cheval ou en voiture!