Dans cette histoire, j'étais l'autre. Dès le début, j'laissais pas d'trace.

Sur les sentes, tout derrière moi, on voyait rien. C'était drôle, même sur photo on voyait pas d'image. Je faisais le pitre j'mettais une mitre mais rien à faire, ça n'imprime pas. Un peu plus vieux, j'me suis dit " tiens, j'vais faire flic, et même indic, vu qu'on m'voit pas".

Au démarrage tout allait bien. On disait" tiens, voilà l'baron, déguingandé, comme un héron, avec sa huppe ". Et puis voilà, l'moment passé, j'ai disparu, comme un orage qui efface l'encre.

Pourtant, j'étais gentil, j'avais un chien, j'pouvais chanter, pas comme un barde, mais c'était bien. Un peu plus tard j'ai fait marin, bateau à l'ancre près de la plage. mais là, franchement, ça marchait pas. Remplir des seaux, boire dans une outre, c'est pas pour moi.

Progressivement, je m'effaçais; comme l'urubu face au soleil, ailes déployées, frôle les zébus, on ne l'voit pas.

J'suis sûrement barge, p't'être un peu lâche mais j'manque pas de grâce, juste d'épaisseur.

Alors c'qui me reste, c'est pas grand chose, mais c'est la pêche. Ma carte en poche, je plombe mes lignes, met mon appât, et j'guette la carpe.

Elle me voit pas, croit qu'c'est son repas, elle est pour moi!

Et bien voilà, j'suis un rébus, pris en otage, qui vit sans bande, dernier étage.

Prend garde à toi, si tu me croises, comme dit l'adage , je suis la pluie je suis l'orage.