Je suis né dans une isba sur les bords du lac Baïkal. Mon grand-père, un scrogneugneu malicieux élevait les abeilles et m’initia très tôt à l’écoute des arbres et des animaux.

Mon compagnon de jeu était un isatis malin et mordant avec lequel je passais mes heures.

J’étais vif, malingre et heureux. J’avais hérité des yeux myosotis de ma mère.  Fille-mère, elle s’enticha d’un français passé par là, me mit dans sa valise et m’emporta dans ce pays lointain pour vivre auprès de cet homme qui devint mon père. Habile de ses mains, il me fabriquait des billes en bois.

Amante elle était, amante elle resta. Force vivante, elle aimait la samba, les fraises, les rires et la vodka. Est-ce pour cela qu’aujourd’hui je suis abstème ?

J’ai vécu d’un salé sucré d’émotions qui me place dans une retenue pudique devant les autres. Je suis grand, j’intimide, je le sens bien. Mon ouïe est fine ; j’entends même les non-dits !

J’aime porter des pantalons larges et légers pour mes escapades dans la nature, vestiges personnels de ma vie d’antan.

Je suis fin car je parcours sans cesse la Terre. Je me lie toujours aux arbres, aux oiseaux et au vent.

Tel une balise, on me trouve souvent au sommet du rocher qui domine le village – gardien silencieux des lieux.

Je dépose chaque matin un baiser révérencieux à la Vie.

Ce matin, je suis tout enchifrené. Hier, j’ai été surpris par la pluie battante alors que je courrais la lande. Ce soir, dans la lueur douce et mordorée de la liseuse, je me remémore…avant.