Dans l’aurore bleue pâle du petit matin, le jardin, bien qu’il restât exotique, n’était pas aussi coloré qu’en pleine journée. Les reflets violets, roses et parme de la nuit qui s’éteint lui donnaient un côté mystique. Un ruban de marche ocre serpentait au milieu de masses vertes et jaunes éteintes, les séparant telles des portions d’une nation dessinée au sol. J’errais sans but dans ce bastion du village, ce haut lieu culturel et touristique, qui semblait en perdition sous l’action de la banalisation de ses attraits.

 Soudain telle une lampe qu’on allume, un filon doré vint piquer un premier nœud coloré. Cet éclat de sang rouge sur fond de vert vivifiant chassa instantanément mes croyances en demi-teinte et ferra en moi le poisson d’or de l’optimisme. Une veine d’orange, de jaune, de rouge et de turquoise démarra alors sa course de satin et créa un bain de turbans colorés.

 Je retrouvais enfin ce lieu d’inspiration loin de toute vulgarisation…

 

Christelle Saillour