Voilà ce qui fut ici, cela ne sera ou ne sera pas.

 La fontaine de Saorge ne coule plus, la source est tarie. Satan a mis le feu à la fontaine.

 Venez plus  près, écoutez...  Dans l'estaminet la réunion bat son plein. Quelle surprise sur les visages inquiets. Plus d'eau, finie la pureté. La flamme des bougies dansent, dessinant des ombres chinoises. Pure merveille ! Plus de fée électricité non plus ? Quel écueil.

 Tout le monde parle en même temps. Ah ce boucan. On n'entend plus l'orgue dans l'église, ni le son de l'olifant. Un mystère ! Le feu à la fontaine ? Sarinou le chouchou et Epilos, les lutins malicieux ont sauté sur le comptoir.

 Voilà. Une fois de plus Esméralda a dansé dans le noir, pieds nus sur les cailloux des ruelles. C'est un pari. Mais lasse et ayant mal aux pieds, elle a jeté de la salsepareille, cette plante venimeuse, et du kombu dans la fontaine. Péché ! Patatras, elle se sent flagada.

 De rage, Satan crache le feu sur la pauvrette, éperdue, éplorée. Les flammes dévorent sa  robe couleur éléphant, ce monde est pire que la jungle. Ses marraines fées Esabelle et Soulimane accourent avec leur éteignoir. La brûlure est trop forte.

 Bouche bée, les villageois sont là les bras ballants d'incertitude. Même minet ne court plus après la souris qui a oublié son grignotage. L'écureuil, tapi dans l'encoignure de la chapelle s'est cassé une dent sur une noisette. On va le mettre en cage. La malédiction s'abat sur le village.

  Soudain, comme un  éclair, un tonnerre, un rire monte au ciel. C'est la fée Carabosse dans sa robe brodée d'abeilles. Et une branche de houx dans sa tignasse. Elle tient une bourse pleine de paillettes venimeuses et tente de les jeter sur Esmeralda. Elle est de mèche avec Satan.

Le soleil ne brillera plus sur Saorge, le village maudit. Les caravanes éviteront ce lieu profané. Adieu douceur de vivre.

 Les lutins, apeurés, tremblent . Que faire ? Demander à Caravelle, leur bonne fée, de venir sauver Esmeralda ? Ils courent la quérir.

 Alors, suivie par la générosité et l'amour de la bonté, Caravelle puise sa force dans son grand cœur et sauve l'imprudente.

 Les villageois, visages trempés de larmes s'agenouillent, et même l'haubergier, devant la Fée magique, lui baiset les pieds, lui déroule un tapis de confettis et d'arcs en ciel.

 Caravelle, tête froide, prend Esméralda dans ses bras pour l'emmener dans la cave où les onguents pendus au clou vont la guérir.

 Voilà ce qui fut ici.

 Le lendemain, le soleil dispensait à nouveau ses rayons généreux.

 L'eau de la fontaine, pure et douce régalait tous les ânes alentour.