FIN D’ÉTÉ

 

 

 

 

Je n'aime pas la ville. L'agitation, le bruit, les trottoirs sales, la bousculade. Mais, quelquefois, les obligations diverses m'obligent à, comme je dis « descendre » en ville car j'ai la chance d'habiter sur les collines.

 

Un peu en avance pour mon rendez-vous chez le gynéco. Un frottis, rien de jubilatoire. Tu parles d'une partie de jambes en l'air ! Rien de folichon.

 

En avance, donc. Un square, un banc. Je chasse les pigeons, que je déteste, essuie avec précaution ce banc, en respect à ma jupe blanche. Un moment pour moi, une récréation.

 

23 Septembre, l'automne…

 

L'été s'en va avec sa cohorte de souvenirs. Que reste-t-il de ces moments variés, riches, ? Ah, cette grosse fatigue à cause de cette foutue cheville, cette tendinite.

 

L'été s'en va. Aucun regret, j'aime toutes les saisons. Mais, l'été, la chaleur, la canicule. Même la piscine me paraît trop chaude. Que je suis exigeante.

 

Souvenirs, souvenir… Voyage. Oui, magnifiques Dolomites, montagnes majestueuses. Mais l'émerveillement de l'an dernier n'est plus. Une touche de déception, de morosité. Ai-je passer l'âge de l'enthousiasme. Serai-je encore déçue ? Ha, che piacere. Je parle italien, cette langue riche et voluptueuse. Pur bonheur. Mais, la nostalgie me murmure : tu aurais pu être interprète, ton rêve ! Je reviens à ici et maintenant. Hic et nunc. Sur ce banc ! Je fouille ma mémoire.

 

Le petit lutin qui m'éclabousse de bonheur. Gouttelettes de joie qui s'enroulent en mon cœur, s'accrochent à mon âme.

 

Souvenir, souvenirs, l'autoroute et sa cargaisons de camions hideux, menaçants, qui me veulent du mal !!

 

 

 

 

 

 

 

Et puis, la montagne, encore, cette complicité avec la nature. Caresse du vent, verts mélèzes. Je ne suis pas nostalgique. La vie me pousse. Éclairs de joies. Contraintes, peines.

 

Que reste-t-il ? Je n'ai rien accroché à ma banderole de souvenirs.. Quoi ? Moments d'amitié, de partage en préparant les pan bagnats.

 

 

 

Et puis, à nouveau, la fatigue, la sueur, la peau moite, les cheveux collés. Et aussi, les réveils. Tant de beauté offert à ma vue. La ville, au loin la mer qui me chuchote « viens ». Et les bateaux qui me chuchotent « viens ». Chaque matin vibre d'une beauté indicible. Mais, ma saison préférée reste le printemps. Autre plaisir estival, devant mes yeux ravis, les agapanthes qui éclatent en camaïeu de bleus. Le rouge des cannas marié à ma couleur préférée.

 

Oui, j'aime l'été. Sur ce banc, à l'ombre je n'entends plus rien. Si mon cœur. Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous. Le souvenirs ne se partagent pas. Ils sont miens. Quoi de plus déprimant que les photos-souvenirs offerts à nos amis ? Cela n'intéresse personne.. Et puis, les cartes, écrites à la va-vite. Et celles d'Italie qui n'arrivent jamais ! Peu de partage.

 

ZUT ! Quelqu'un s'assied sur mon banc, qui me dérange, m'importune. Quel toupet !

Je tourne le dos à l'intrus. Une tape amicale sur l'épaule. Quel toupet ! Je suis obligée de faire face à l'inconnu. Je reste bouche bée. « Il y a si longtemps que je rêvais de te retrouver. Plus de nouvelles. Pourquoi ? Pour me punir à nouveau ? Vieille amitié détruite par la jalousie morbide ». Ce flot de paroles m'agresse. Que veut-elle ? Ma meilleure amie d'alors tombe dans mes bras en pleurant. Toujours théâtrale, elle tord ses mains, s'agite tout en guettant ma réaction. Perfide ! »Relève-toi, tu me fais honte ! Te donner en spectacle ».

 

Un souvenir de plus. Pas le meilleur. Une trahison, un soir de folie. Une dispute, une rixe, un couteau, la lame étincelante sous le regard narquois de la lune. L'horreur ! Je ne veux pas lui parler. C'est l'heure de mon rendez-vous. Je me lève. Sa main sur mon bras m'oblige à rester tranquille. Cette force, j'avais oublié. Que veut-elle ? A nouveau la peur.. Réagir, vite. Je me libère. Je cours dans la rue. Au secours, au secours, cette femme m'a agressée, elle est folle.. Un attroupement se forme aussitôt.

 

Elle est prisonnière. Elle va payer pour ce qu'elle a fait. Elle crie, hurle, se débat lorsque le policier intervient. Je me bouche les oreilles. Je ferme les yeux. Ne plus l'entendre, ne plus la voir. Je m'évanouis !!!