Image choquante que ce cerf en feu ! La taïga s’embrase soudainement au passage du noble animal.
Son brame profond fait reculer le quidam. Les terres résonnent, le chasseur trébuche et même le
renard est totalement effrayé.
Alors image spectaculaire saisie par le photographe ou complicité sournoise de photoshop ? Au fond
peu importe, le choc est là. Violent, insoutenable, perturbant. Qu’as-tu mérité, être des domaines
royaux pour mériter un tel chatiment ? Les questions se bousculent aux confins de mes synapses.
Comment peut-il supporter la douleur ? D’où vient-il, où va-t-il ?

Mais au fond quelle importance, son destin parait scellé. La lutte semble inégale et gagnée d’avance.
Ces bois en flammes sont peut-être l’expression d’une colère intérieure ? Mais on ne peut pas non
plus s’empêcher de croire que des déités couroucées lui aient jetés un sort horrible . Il y a tellement de
possibilités que mon esprit se vaporise. Mes neurones flottent à présent.
Scène hivernale, glaciale d’horreur, mais en même temps sombre et brûlante.
Mon esprit troublé par tant d’hypothèses, n’avait pas vu qu’un petit elfe, s’était glissé à l’arrière plan.
Bien tapis dans l’ombre des broussailles, il s’agitait nerveusement. Il prononcait une sorte
d’incantation à voie basse dans une langue connue de lui seul. Le brouillard devenait plus épais. Le
pelage beige du cervidé se diluait à présent dans une peinture suréaliste digne de Jérôme Bosch.
Désormais la scène suintait comme si une atmosphère étrange et angoissante s’était emparée de
l’esprit des lieux. Chaque atome d’air semblait peser lourd.
La neige s’invitait à présent à cette scène incroyable. Le silence rêgnait maintenant en maïtre. Le vent
fit frémir quelques arbrisseaux nains. La neige redoublait. Les bois du cerf s’éteignaient
progressivement sous les assauts répétés des flocons. Le silence faisait place maintenant à un vide
angoissant. Le cerf était serein, ses flancs laissaient apparaître une musculature généreuse. Les poils
ruisselaient de sueur malgré le froid.
Il fit quelques pas et s’enfonça lentement dans un bosquet de bouleaux nanifiés par le climat. Sa
silhouette diaphane esquivait des ombres furtives. A cet instant, on serait tenté de dire, une image
hollographique, tellement la métamorphose paraissait si peu probable. Au bout de quelques instants,
le grand ruminant avait disparu.
De longues minutes de silence figèrent le temps…/…
Soudain dans un vacarme épouvantable, il réapparut, les bois en feu, les pattes en sang, les yeux
exorbités, le poil dressé sur l’échine. Tel un minotaure en furie, il me fonçait dessus sans ménagement.
A la vue d’une telle force de la nature, mon réflexe d’instinct de vie m’ordonna de me replier en
position fœtale. Et puis mystérieusement rien ne se produisit.
Pour ma part, je venais de comprendre ……en me réveillant avec sursaut. Quel songe étrange ! Mais
au fond, toutes mes suppositions avaient peut-être fait fausse route. Car on peut aussi croire au feu
purificateur, en guise d’avertissement, à moi petit représentant des Homo Sapiens.
Ainsi, il y a plus de 300 ans naquit la légende des bois de Pangu, qui voulait que tout cerf
rencontré en lisière de forêt donnait force et courage à tous ceux qui le laissait passer
respectueusement. Par contre, tout bipède qui avait des intentions belliqueuses, envers lui ou la
planète, serait chatié par le feu divin. Son âme serait à tout jamais déssèchée, telle une latérite en
plein cœur de la fournaise africaine…

Etienne