Père Noël et thalasso

D’abord je n’ai rien compris : en guise de cadeau de Noël j’ai reçu une enveloppe avec une carte «  bon pour une thalasso pour 2 personnes pour un week-end à St Jean de Luz. J’étais célibataire depuis longtemps et je me voyais contraint de choisir quelqu’un pour passer 2 jours avec moi dans une intimité humide et relaxante. Choix laborieux: brune, blonde, mince , enveloppée, qui pourrais je supporter si longtemps et qui pourrait me supporter, moi! Après mûre réflexion’ je proposais l’affaire à Rachel en maudissant mes enfants pour ce cadeau. Ils auraient pu m’offrir les œuvres complètes de Faulkner dans la pléiade; au lieu de ça, ils risquaient de me faire capoter une fine organisation que je maintenais à bout de bras péniblement depuis quelques années. Rachel, c’était la cinquantaine qui avançait sur la dizaine suivante, si tant est qu’elle ne l’eut point atteinte. Elle avait été belle, sans doute, mais l’alcool et les enfants avaient fait certains dégâts et les pattes d’oie s’étendaient allègrement. Néanmoins, dans cette tranche, elle assurait. Je lui proposais le deal, et, à ma grande surprise, elle accepta. St Jean de Luz n’étant pas relié au réseau aérien, nous volâmes vers Bordeaux, puis le train vers les Pyrénées atlantiques. Hôtel 3 étoiles, mes enfants avaient assuré, belle chambre vue mer. Tout était prévu, rendez vous immédiat avec une spécialiste thalasso et planning du week-end. Impressionnant! 8 spécialités plus 3 repas. Pas un moment tranquille. Dures journées en perspective. Dans la chambre, peignoir blanc aux armes de l’hôtel et tongs à l’aspect improbable. 14.00, démarrage des opérations, hydrojet pour moi, douche sous marine pour Rachel. J’attends sur une chaise au milieu d’un couloir, et là, l’horreur, que des vieux, et quand je dis des vieux, c’étaient vraiment des vieux proches d’un état liquide. Comme les enfants dans l’avion lorsqu’ils voyagent seuls, j’ai autour du cou mon programme de la journée. Je regardai ébahi cet étalage de chairs molles et soudain j’entendis mon nom. L’hydrojet m’attendait. Je fis 3 pas et partis en dérapage non contrôlé vers la porte, mes tongs faisant de l’aquaplaning, je faillis emplafonner la cheftaine de l’hydrojet qui me rattrapa d’une main experte. «  mettez vous contre le mur et gardez votre slip « J’obtempérai et la vis prendre en main une sorte de lance à incendie qui propulsa un jet d’un autre monde au point que je pensais que mon corps allait s’incruster dans le mur. Mon slip chahutait dangereusement sous la pression et je commençais à m’inquiéter de me retrouver nu. 20 minutes plus tard, trempé des pieds à la tête, on me dit de me sécher et je sortis. Un miroir me renvoya mon image: un setter irlandais qui serait passé dans une machine à laver. Une heure plus tard, bain hydromassant, on me colle dans une baignoire, une femme informe branche le système et me laisse mariner dans un bain bouillonnant. Je pensais qu’elle allait me peloter....mais nada. Une froideur hospitalière. Je sors, je me sèche, je croise Rachel, les yeux hagards, le cheveu méconnaissable, elle avait pris 20 ans. Je voulais la réconforter, mais je regarde la pendule, et merde, je suis immédiatement attendu pour un enveloppement «  gelée de saison ». Je cours en zigzagant vers le site suivant qui se trouve être à l’opposé du bain hydromassant. Lá, surprise, je me fais tartiner d’un gel qui sent la myrtille, puis, par dessus je suis enveloppé avec une sorte de plastique. On dirait la momie de Toutankhamon; je ne peux même pas me gratter et avec ça il fait 50 degré sous cet emballage. Je suis au bord de l’apoplexie. 20 minutes plus tard, retour de la dame enveloppeuse qui me libère. Je me douche pour me séparer de la myrtille. Mon prochain et dernier atelier de la journée consiste à faire du vélo dans une piscine. Opération qui se fait en groupe, hélas! Vision tragique de mes futures années. Pour certains protagonistes, il faudrait une grue pour les immerger, quant à faire du vélo, je n’en parle même pas. Des mémés glissent de leur selle et glapissent tels des nourrissons qui réclament le sein. 30 minutes plus tard, je sors. Fin de journée pour moi. À ma grande surprise, je me sens très bien et prêt pour l’apéro. Encore faut il que je trouve Rachel dans ce dédale de portes. Vers les 18 heures je la croise, décomposée, ( á mon avis elle regrette de m’avoir accompagné et de me montrer cette face d’elle que je ne connaissais point). Nous montâmes dans la chambre et nous préparâmes pour une séance bar, alcool, histoire de reprendre ce que nous avions éventuellement perdu dans la journée. Endroit superbe, 2 verres de ,Chardonnay et nous échangeâmes nos impressions. La vue déprimante des clients tous habillés de peignoirs et chaussés de tongs nous avait marqué, mais après le 2 ème verre notre vision était plus positive d’autant qu’un restaurant gastronomique nous attendait. Au menu, dorade sauce vierge Et chocolat au piment d’espelette, spécialité locale. Nous nous installâmes côté jardin, le maître d’hôtel vint prendre notre commande puis, je demandai la carte des vins. Il me dit que nous n’y avions pas droit car mes enfants avaient prévu un menu diététique sans alcool! Je les maudis intérieurement, me dirigeai vers les cuisines et entamai discrètement une laborieuse négociation avec l’adjointe du maître d’hôtel et plaidai ma cause. J’invoquai un risque ( je ne sais plus lequel) en cas de manque d’alcool dans le sang. C’était franchement nul comme excuse, mais un sourire plus loin et surtout un discret billet l’ouvrirent les portes d’un St Émilion 2007 de derrière les fagots que je ramenai à table comme un trophée. Rachel mît ses sourcils en accent circonflexe, signe d’une perplexité intense. Quand le maître d’hôtel revint avec les dorades, il eût la délicatesse de ne pas poser de question sur l’apparition miraculeuse de ce flacon. Nous dégustâmes avec plaisir ce petit festin qui se termina par un café et une promenade le long de la mer. Nous revînmes tranquillement à la chambre pour une nuit des plus agréable. Nous étions fatigués mais heureux. Le lendemain, réveil en fanfare à 8 heures; petit déjeuner sur la terrasse vue mer, puis, à 10 heures, retour au travail qui alternait ce matin là modelage de saison et douche océane. On enfile les peignoirs, les tongs, et c’est reparti. On croise les mêmes personnes, on glisse dans les couloirs, et on est trempés toute la matinée. La douche océane s’avéra une agression au jet qui, me dira plus tard Rachel, lui arracha son soutien gorge; elle avait pu sauvegarder sa culotte de justesse, l’honneur était sauf. Déjeuner léger à l’eau minérale, puis je décidai de passer à l’espace fitness pour finir par un atelier Yoga. Rachel opta sans surprise pour la salle de repos, puis, pour un spa shop. Le soir apéro avec des macarons de Bayonne. Finalement, un excellent week-end, Rachel avait l’air ravie, il faut dire qu’on s’était peu vus compte tenu des programmes et de ce fait, on n’avait pas eu beaucoup de temps pour s’engueuler. En partant, un magnifique sapin de Noël aux boules clignotantes ornait le hall d’entrée. Retour guilleret vers Bordeaux où nous attendait l’avion