Un matin il décida de s’évader… de quitter les hauts murs qui entouraient solidement
sa vie.
Son gardien s’appelle monsieur la peur et s’il veut échapper à monsieur la peur il doit
courir.
Il doit se persuader qu’il peut rejoindre une certaine madame la joie.
Mais pour la rejoindre il doit faire un immense trajet.
Il pousse la porte de ses méninges qui le maintiennent en cage et l’obligent à se les
creuser si profond qu’il ne voit plus le bout de ses oreilles ni les quelques cheveux qui
lui restent sur son crane … que les années ont dégarnies.
Malgré toutes ses supplications pour que toutes ces années le laissent tranquille,
l’évitent et même qu’elles acceptent qu’il fasse un bout de chemin du temps qui
passe… en arrière.
Il y a longtemps qu’une ambiance torride règne dans son petit intérieur qu’il réchauffe
régulièrement avec des buches alimentées par ses fantasmes.
Mais cette merveilleuse mécanique imaginaire ça le gonfle…. ça l’énerve. Et puis il
n’a plus d’ongles à force de se les mâchouiller… de se les dévorer.
Dans la jungle le lion lui il les garde ses griffes sur lesquelles se reflète sa belle
crinière.
Il baisse les yeux… il ne peut pas sortir avec ses sordides pataugeasses…en forme de
regrets… c’est lourd à porter pour la longue randonnée.. qu’il veut faire.
Il les égrène puis les lâche un à un dans le puits qui s’est formé et qu’il a peine à
nommer sa vie…
Certains s’accrochent à lui …mariage…belles études...réussite
sociale…money..money..
Cela il n’en veut plus il n’en peut plus… il ne sait plus mais c’est comme de la glue ça
s’en va puis ça revient car s’il les écarte que pourra il raconter ? à quoi pourra il se
raccrocher en face des autres ?…à ceux qu’il va rencontrer… croiser au cours de ce
long voyage…
Pour rejoindre madame la joie il faudra être opiniâtre s’armer de courage et ne pas
trembler lorsqu’il devra traverser le pont des soupirs…
Monsieur la peur qu’il avait cru écraser lorsqu’il a pris son grand manteau aux
carreaux de briques multicolores réapparait au moment même où il lui faut fermer la
porte de sa conscience…alors qu’il va… affronter sur son chemin de renaissance des

regards pleins de suspicion, d’indifférence, d’outrecuidance et surtout de
malveillance….
Et puis tout s’emmêle dans sa tête comment pourra t-il expliquer qu’il cherche le
chemin de la sérénité certes.. il n’a pas la formation ni la corpulence ni l’aspect d’un
bouddha….. aux pommes noisettes.
Il se coince dans les entournures …s’évertue à donner des bourre-piffes aux pères et
aux mères la morale ….qui l’assaillent le bousculent, l’assaisonnent de conseils :
« Mais vous êtes trop vieux ! trop con ! il faut vous ranger des voitures prenez une
place au fond du garage »…
Et puis une immense vague de découragement le poursuit…il se met à courir mais elle
le rattrape puis le recouvre.
Il se sent tout mouillé du dégout qu’il a récupéré au fond de lui-même et qui
l’empêche d’avancer.
Il glisse il s’en retourne vers le puits dont il a voulu sortir et ça lui fait mal .…il
devient de plus en plus pâle … il n’a plus rien d’un mâle et puis il est tout sale ….tout
autour de lui l’air est de plus en plus glaciale …
Regardez crie madame la réalité comme il est tout barbouillé de honte… Comme il est
lait gloussent les dindons de ce monde presque parfait…
Ca lui fait un drôle d’effet il était pourtant parti avec un bagage qu’il ouvrirait pour
que tout ce qu’il touche soit bien fait et du plus bel effet.
Il ouvre les yeux et il voit des formes oui c’est le père la réforme celui qui dirige la
maison de retraite…
Soudain il roule dans la cave à rêve ou à merde il finit sous une grande table ….
Il se gratte la tête puis il passe en revue les quelques neurones qui se battent en duel
dans sa caboche !! garde à vous ! repos !!
Tant pis il reprendra le chemin des écoliers la semaine prochaine. Que dira-t-il à ses
enfants ?