Ma chère Ruth je t’écris à bord de mon drôle de petit navire et sur la façon dont je vogue au jour le
jour dans ce confinement, comme lorsque je te décrivais ma vie d’infirmière dans l’ U.S Navy.
Oh dans mon petit chez moi pas de son du cor de bon matin ! C’est au moins un bon point. Je me
lève quand je n’ai plus sommeil, je prends un peu plus soin de mon corps lors de mes ablutions, et je
me hue si je ne fais pas un peu d’exercice. Pour ça j’ai le luxe du choix entre les sept étages de
l’immeuble à monter et descendre plusieurs fois, avec ou sans poubelle, quelques pas de danse bien
rythmés ou une séance de gym enregistrée par cette russe qui me sert de coach en temps normal.
Elle vit ici depuis 2 ans après avoir enseigné dans le Rhône et aussi à Vire près du pays de Caux que
tu m’as fait découvrir et qui t’est si cher. On a bien sympathisé et ses avis sportifs par vidéo
conférence rompent avec mes us en la matière. Sortirais-je de cette quarantaine plus musclée et en
forme que toi ? Na ! L’avenir nous le dira…
Et puis vient le temps du déjeuner, et quand j’ai fait mon rot, (Ah je te devine surprise ! mais qui ça
gênerait puisque je suis seule ?), je vais sur Culture Box (l’eusses tu cru ?) me documenter par
exemple sur les peintres, Corot m’a beaucoup accroché l’âme, il faudra visiter les musées qui lui sont
consacrés. J’ai été aussi marquée par un film sur les coraux qui virent au gris cendre et sont
abandonnés par les poissons. Tout comme ceux que nous avons vus à Bali et à Aqaba. Tu t’en
souviens ? Est-ce que le drame mondial que nous vivons profitera au moins à notre planète ? Je sais
que tu l’espères tout autant que moi et qu’un jour nous reverrons leurs vraies couleurs.
Je résiste parfois à l’envie d’aller sonner à ma propre porte et c’est tout de même habillée et de ma
fenêtre que je vis par procuration dans la rue, j’observe ceux qui baladent leurs chiens, vont faire
leurs courses ou qui n’ont pas une aune de sens civique. Je les juge avec une certaine ire, mais il faut
accepter ce statut quo, puisque ce n’est pas totalement interdit. Pour moi chaque jour sans sortir est
une petite victoire ! Et sans manger de chocolat aussi…je suis toujours la gourmande que tu connais.
Les journées se remplissent ainsi de petits riens qui me font batailler, réfléchir, apprendre, sans
oublier la touche de plaisir indispensable à tenir le cap. Nous sommes tous dans le même bateau
mais dans des cabines séparées !
Dans mes rêves la nuit je saute le ru de notre enfance, je m’évade et je te rejoins dans les Corons qui
étaient notre seul paysage. Sûr que nous en visiterons bientôt bien d’autres plus maritimes et avec la
même complicité.
Prends soin de toi car j’attends de tes bonnes nouvelles en jetant ma bouteille à la mer !

J, ta courageuse matelote