LETTRE (à) D.
Dédé, le dresseur de dromadaires, darda sur Dorothée, la douce
dompteuse de dindons, un dur regard qui la fit défaillir. Alors Dorothée
dit :...
« Dis donc, Dédé, sans dec !, tu m’déshabille de tes mirettes comme
toutes ces dames dociles que tu déniches les soirs d’disette en jouant
l’derviche qui tourne les têtes ? Ou c’est l’daron, ce dictateur -en vérité
mon durillon qui m’fait douiller mon doigt de pied-, qui me dézingue
comme une damnée ?
Ben, Détrompes-toi ! Dinde je n’suis pas ! Ni dingue de toi, manqu’rait
plus qu’ça !!… Non plus, j’n’ai découché ce 2 d’octobre -et donc d’hier- !
C’est dire que j’t’obéis au doigt et… au deuil de mon dandy Daniel, le
trapéziste. De ç’ui là, dingue j’étais... à m’défaire de mes draperies et
m’donner à lui dare-dare.
Mais, de ta défiance, déjà le trapéziste, diabétique, en avait fait les frais.
Dramatique !! J’te déteste Dédé ! voilà qui est dit.
Dorénavant -et ça n’s’ra pas la der de der- je décide de m’adonner, sans-
d’ssus-(ni)dessous, à qui, disert, f’ra d’moi son défi ! »
Dédé, soudain déconfit, dépité, dépassé, senti combien sa Dorothée,
encore donzelle, qu’il avait de si longue date tant dorlotée, se débinait à
tire d’aile.
Lui tournant le dos, il s’empara d’un Doliprane déposé là -de quoi
dominer sa douleur. Puis il lui dit sans dérision: « Va donc au Diable !
Dès demain t’iras dresser les dragons, d’ac’ ou pas ! D’ac’ ?».