L'auberge espagnole
Une destination surprise.
« Cotonou. Je vous dis Cotonou. »
Babou, s’évertuait à essayer de se faire comprendre de ce policier qui l’avait arrêté stationnant en plein milieu de la chaussée comme un stalagmite figé pour l’éternité. Il était arrivé en Turquie par erreur. Il désirait se rendre à Pétra pour y retrouver ceux qui vivaient leur expatriation du Bénin. Mais le passeur qui l’avait pris en charge, peu cultivé avait confondu Petra en Jordanie, avec Péra ce quartier d’Istanbul réputé jadis.
Ne parlant ni le Turc, ni une autre langue que le français, Babou se murait dans le silence, face à l’incompréhension de ce policier, qui désespérant l’avait laissé dans l’obscurité d’une cellule très douteuse au niveau de l’hygiène. Circonspect face à l’avenir de sa situation, son angoisse croissait. Et qui pourrait bien l’assister ? Si au moins un traducteur pouvait venir pour démêler cet écheveau et l’assister face à ce mur de l’administration. Il savait que les manières de ces représentants de la loi n’étaient pas raffinées. Seul dans le noir son imagination cavalait aussi folle qu’une foule de carnaval déambulant dans l’hystérie générale.
S’il pouvait avoir la liberté de courir, il quitterait sans attendre ce pays qu’il ne souhaitait pas connaître. Il supposait qu’il trouverait bien un moyen de réorienter son voyage vers la Jordanie qui, après tout n’était pas si éloignée. Il pensait y retrouver l’amitié d’une fratrie dispersée venue de Cotonou, sa ville natale.
Quelle heure pourrait-il être ? Comme on l’avait dépouillé de son téléphone, pas moyen de le savoir. Le temps semblait arrêter à l’inverse de la fuite qu’il ressentait quand il était libre. Seul l’appel du muezzin confirmait l’avancement des heures. Sa panique le faisait dérailler. « Si j’étais une souris, je trouverais bien un orifice pour m’échapper. » Oppressé par cet enfermement, son esprit brûlait comme sous l’emprise de la narcotine d’une drogue quelconque.
Tout à coup, il entendit une clé fourrrager la serrure, en même temps qu’un grincement un rai de lumière éclaira un peu la cellule et la porte s’ouvrît , laissant apparaître le policier qui l’avait arrêté. Celui-ci était suivi d’un homme habillé de noir qui lui dit : « suivez-nous Babou, nous allons reprendre l’interrogatoire ».
Cette phrase dite en un français parfait, tranquillisa Babou. Il sentit sa vessie se vider alors que les larmes lui montaient aux yeux. « Sauvé ! », pensa-t-il en suivant les deux hommes, un peu honteux.