Subjugation
Allez, en avant ! Vivons cette aventure qui nous amènera à Amiens, place Afrique, à l'hôtel Archange,
où je pourrais admirer le corps d'athlète de mon astrophysicien d'amour.
Depuis notre rencontre, le jour de mon anniversaire, après m'être échappée de la réunion de famille,
lasses des réflexions sempiternelles de mes aïeuls au sujet de ma silhouette d'asperge anorexique et
surtout déçue de leur avarice, grandissante avec les années, mon âme tout entière est tourné vers
Arnaud.
Mes amis m'appellent à la plus grande prudence devant les récits de sa vie romanesque. À 40 ans à
peine, il a un parcours incroyable : alpiniste chevronné : il a gravi trois fois l’Annapurna ; agrégé
d'astrophysique à l'âge de 20 ans et aujourd'hui érigé au rang d'acteur de l'année grâce à son rôle
dans le nouveau film de Klapisch. Il est à l'apothéose de sa vie ! Il force l'admiration et attise jalousie
et méfiance.
Annabelle, ma meilleure amie, depuis toujours, m'assène d'atterrir, de me réveiller et d'ouvrir les
yeux. L'amour rend aveugle dit-elle voire analphabète vu l'état dans lequel je suis dit-elle. « Mais à ce
point c'est hallucinant ! » Aboie t'elle en claquant la porte.
« Bon débarras ! » Il peut bien être apiculteur sous amphétamine, ou picorer dans mon assiette,
avoir les pieds palmés ou aller au marché avec un cabas à roulettes, mon Arnaud je l'aime et je n'ai
qu'une envie : mettre un terme à cette abstinence contrainte par la vie avec lui dans les meilleurs
délais !
Nous nous sommes donc accordés pour nous voir chez lui, ce soir, 20h. Pour me donner du courage,
j'avale une ou deux coupes de champagne avant de partir, peut-être trois ou quatre, je ne sais pas
résister à mon alcool préféré. Parées de mes plus beaux atours, et un peu ivre, j'arrive devant sa
maison immense, sonne, attends patiemment.
Un homme que je ne connais pas ouvre la porte, me demande de patienter quelques instants et se
plante devant moi. Son arpette je suppose. Arnaud arrive alors, radieux, fidèle à mes attentes et
visiblement ravi de me voir : « Anatole, appeler le 44 à Asnières, je dois parler à l'Archiduc. Cette
andouille a cassé ma tabatière afghane en argent avant de la planquer dans le placard à balai ! » dit-il
à son factotum en m'invitant à le suivre