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Atelier d'Ecriture "PLUMALIRE" à Nice, Alpes Maritimes
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Atelier d'Ecriture "PLUMALIRE" à Nice, Alpes Maritimes
Atelier d'Ecriture "PLUMALIRE" à Nice, Alpes Maritimes
  • Faire pétiller ses idées. Ecrire en s'amusant avec des jeux-consignes. Stimuler sa spontanéité, son imaginaire. Ecrire en riant récits, contes, haïkus, etc... dans une atmosphère conviviale. Lire autrement.
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30 janvier 2022

La Dame de St Fargeau

La dame de St Fargeau.
Ce matin d’automne je pris la route pour errer dans la Bourgogne rendue à son intimité. Le brouillard qui montait des bois dévêtus, endormis dans l’avant sommeil de l’hiver, me rendait mélancolique, laissant remonter en moi tous ces souvenirs qui infusent dans ces paysages un peu sauvages. 
Au fil de mon voyage les coupoles surmontées de clochetons du château de Saint Fargeau, apparurent luisantes d’humidité. 
‘Je veux être couronnée’ criait la grande Mademoiselle dans sa prison écrin. ‘Peu importe les codes’ ajouta-t’elle. ‘J’aime et je suis aimée’. Elle lança ces mots en traversant la pièce de réception dans laquelle le portrait de son mari, son amour, était accroché. ‘Quel beau visage ! Ce regard perçant est bien celui qui me transperce !’ s’exclama-t’elle. Voyant l’émotion de sa maîtresse, son petit bichon vint vers elle et se dressa en remuant la queue, s’appuyant de tout son poids sur la faille cramoisie de sa robe. ‘Viens Gourmande, nous allons au jardin pour voir ce lieu qui abrite nos rendez-vous amoureux’. 
Toutes deux sortirent par la grande porte-fenêtre. Le clocher voisin sonnait 5 heures de l’après-midiavancé. C’était le seul bruit intense dans le début du soir. 
Elle arriva très rapidement à cet abri qui formait comme un salon entouré d’une couronne de buis et, immédiatement le couple enlacé qui avait habité si souvent cet endroit, vint à son esprit comme si elle était spectatrice de cet enlacement amoureux. Chaque rencontre provoquait la surprise. Et, blottie dans les bras de cet homme passionné, elle s’imaginait s’envoler avec lui, comme des anges ne connaissant plus la pesanteur. Ses oreilles s’emplissaient d’une musique
digne de cet envol angélique : divines voix de haute-contre et de soprano sur une basse soutenue d’orgue positif. 
Elle repensait à ces concerts nocturnes donnés l’hiver dans le grand salon qui se mêlaient aux craquements des bûches dans la grande cheminée, aux hululements du vent dans les coursives, au crépitement de la pluie sur les persiennes fermées. Elle revivait aussi ces concerts d’été dans le kiosque du jardin, que même les chants des grenouilles ou du chat-huant, n’arrivaient pas à casser la magie de la nature alliée au faste musical des instruments : les notes perlées du clavecin, les glissements voluptueux des archets sur les cordes. La paix emplissait ces moments, apportant sur les joues des dames un carmin d’émotion et un brillant dans le regard de tous. À ces moments une envie forte d’aimer l’envahissait et elle se retenait pour ne pas se lancer dans une folle sarabande. 
Elle se réjouissait de cet exil forcé qui lui avait été imposé, la reléguant loin de la cour dont l’artifice ne lui manquait pas. Elle aurait aimé avoir suffisamment de style pour écrire toutes ces émotions qui montaient en elle au contact de cette nature presque sauvage mais non agressive. Elle se souvenait de ces matins qui la poussaient dans la froidure, faisant surgir sur les tapis des grandes pelouses perlées de rosée, le passage apeuré d’une biche. 
À présent les bois étaient calmes. Le brame des grands cerfs s’étaient éteints. Il ne restait que les galopades de lièvres fuyant dans les fourrés ou le battement d’ailes claquant dans l’air vif d’un grand duc ou de corneilles. 
Elle sentit un frisson, serra sa houppelande et rentra se réchauffer. En passant devant un miroir elle jeta un bref regard à cette image inversée d’elle-même. Elle savait qu’à la cour sa beauté n’était pas louée. Elle s’en moquait ayant su imposer les hommes qu’elle choisissait au grand dam de ses parents. Sa colossale fortune lui permettait d’écarter tous ceux qu’elle trouvait fats. 
Un nouveau jour se levait. Elle attendait la visite de son mari et se réjouissait de ses retrouvailles. Elle entra dans le petit salon où elle aimait déjeuner. Attablée devant cette table dressée avec soin, elle pensa à la chance de sa condition. Dehors les premiers flocons qui s’étaient amassés dans le ciel gris et bas, se mirent à voltiger. Après son petit déjeuner elle irait faire son courrier et lire les quelques lettres que ses amis de la cour lui adressaient. Elle s’amusa du quiproquo qui naquit d’un dilemme entre deux capitaines qui se querellèrent à propos de leurs soldes dont la différence irritait le moins pourvu. Cette controverse faillit aller jusqu’au duel. 
Une fois terminée sa correspondance elle redescendit au salon pour se plonger dans la lecture. Elle adorait lire et relire les contes de Charles Perrault qui la replongeait dans sa prime enfance non pas pour ce qui était conté mais pour retrouver cette sensation faite de voyages, de féerie, mais aussi de peur qui la faisait se recroqueviller au fond d’un profond fauteuil. 
Elle entendit sonner midi à la pendulette. ‘Encore deux heures à attendre’ pensa-t’elle en soupirant. 
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