Pour l’inauguration de l’auberge, Manon eut une idée pleine de malice…Il lui fallait un repas original mais simple à faire et surtout bien arrosé pour que les convives se souviennent longtemps de l’ambiance chaleureuse. Pour la cuisine, elle se posait là, quant à « l’arrosage » son nouveau sommelier saurait faire merveille, elle en était certaine.

Elle lança les invitations pour que chacun vienne avec sa chacune et Gustin lui fit la surprise de venir avec la sienne qui avait, soi-disant, été sacrée championne de mixtures de bar. Alors ça elle ne s’y attendait pas, elle entrevit la fin de ses espoirs, mais ne désarma pas. Si la donzelle devait officier en experte des cocktails, elle, elle excellerait avec la magie de sa cuisine !

Elle prépara de magnifiques galettes au poulet et aux épices dans les quelles elle glissa quelques grains d’anis, une purée de pâtisson à la mélisse et un zeste d’eau de vie pour lui donner relief. A 18h l’auberge exhalait un bon et croustillant parfum et, pour les gourmets il ne manquait plus que quelques fagots de haricots verts du jardin, mitonnés dans un lard délicatement fumé, et de dorer au chalumeau un nuage de fromage frais. Son assiette serait complète et parfaite. On verrait bien si l’estrangère pourrait rivaliser avec son verre de bienvenue.

Et elle rivalisa ! Ayant perçu les parfums de la mélisse et de l’anis des galettes enfournées, elle en agrémenta aussi son mélange exotique, ce qui lui donna un côté provençal qui mit les convives en joie et en appétit. Avant de passer à table, tous étaient déjà bien gais et enflammés y compris Gustin et sa bairmaid qui ne s’étaient pas privés de cette entrée en matière. Tout juste si le cru classé du château Magali ne fût pas versé à côté des verres !

Quand Manon défourna ses odorantes pastillas à la cagnoise, tout le monde s’exclama. Même avant de les avoir goutées, ils devinaient le régal qu’elles promettaient. Et s’en fût un tel de régal que les ruelles résonnent encore des oh et des ah et des hum boudiou qué trouvaille.

Du coup ce fût bien Manon la reine de la soirée, elle s’en délecta et en oublia sa jalousie première. Tous les couples se bécotaient et se caressaient, y compris Gustin et sa belle qui n’avaient cure de partager son succès, tous envoutés qu’ils étaient par cette cuisine propre à inspirer l’amour. L’auberge était sauvée, c’était ce qui lui importait le plus pour l’instant et elle savait aussi qu’elle n’avait pas encore dégainé toutes ses armes…