La fin de journée sonnait à l’horloge de l’église. C’était comme un signal pour mon début de rituel. Le ciel bleui par la nuit, trahissait mes traits du scrogneugneu que je devenais. Le béret toujours posé de travers sur ma tête me donnait un air jovial et cachait mes cils. J’étais élancé et fin depuis mes plus jeunes années. Il n’y avait que la peau qui commençait à se rider.

La page que j’écrivais tous les soirs me soignait de mes peurs nocturnes. Je nageais dans ce village comme une luciole virevoltait dans un champ de blé.

Au fil du temps, mon style vestimentaire ne changeait guère. Un pantalon velours couleur prune trouvé sur un marché il y a quelques années. Une veste à gros boutons de bois offert par la voisine, un jour qu’elle voulait discuter un peu. Et des bottines style Rangers qui servaient autant l’hiver que l’été. Même si l’été je les troquais parfois par des sandales trouvées à côté d’une poubelle.

L’enthousiasme des années avait disparu au fur et à mesure. J’étais enchifrené de temps à autre, ce qui me rendait trivial. Cet état bousculait l’attitude des passants. Des passants qui tout à coup longeait les murs tel un fil à suivre. J’observais ce rallye avec une poigne.

Je me sentais nul lorsque ce chamboulement dominait mon corps et mon esprit. La violence de ce sentiment pouvait être comparée à la variole. Au loin la musique de la vielle amplifiait le volume des ballasts imaginaires que je portais sur le dos.

Seule l’eau du lavoir avait un effet sur mon esprit surchauffé. L’eau devait passer de la couleur lie de vin à la couleur claire des eaux tropicales. Ainsi cette virgule mal placée reprenait doucement sa place.

Ce rituel était en boucle tous les soirs avant l’apparition de la lune. Une lune apaisante et lumineuse pour échapper à une nouvelle descente aux enfers. Chaque soir la sombre nuit m’enveloppait et la lumière me délivrait.

Partagé entre l’enthousiasme et la peur au ventre, j’acceptais, à cet instant précis, que le sommeil me happe.