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Atelier d'Ecriture "PLUMALIRE" à Nice, Alpes Maritimes

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Atelier d'Ecriture "PLUMALIRE" à Nice, Alpes Maritimes
Atelier d'Ecriture "PLUMALIRE" à Nice, Alpes Maritimes
  • Faire pétiller ses idées. Ecrire en s'amusant avec des jeux-consignes. Stimuler sa spontanéité, son imaginaire. Ecrire en riant récits, contes, haïkus, etc... dans une atmosphère conviviale. Lire autrement.
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26 mai 2026

À celui qui n’est plus.

Comme nous nous écrivions lors de ces courtes séparations obligées, comme nous échangeons encore dans mes rêves réguliers, je t’adresse cette lettre qui ne fera qu’enrichir ce qui nous a unis. Long et bel apprentissage de la vie qui, de notre jeunesse nous a conduit à cet âge mûr, grâce à ce que nous avons su faire. Tout simplement nous aimer. Nous étions animés tous deux de cette ardeur renouvelée chaque jour qui se nourrissait du partage inconditionnel.

Même si il existait des différences qui pouvaient nous isoler quelques instants, ces différences ne détruisaient en rien tout ce que nous amassions ensemble. Tu n’aimais pas trop le piano, mais je savais glaner sur ton visage ce sourire que tu avais quand tu disais à des amis, que je jouais bien du piano.

Et cet amour de la musique, nous l’avons longtemps partagé en nous abreuvant de ce que diffusait la radio, en nous rendant à des concerts, à l’opéra. Nos attirances musicales se sont mêlées pour faire de nous des goûteurs insatiables de cet art. Tu te souviens de ces émotions à l’écoute d’un récital de Barbara, du plaisir d’entendre Ana Prucnal, Juliette Gréco, Léo Ferré, Nina Simone et tant d’autres ?

En apprenant à te connaître, je me suis également découvert et j’ai su t’accepter comme j’ai su m’accepter. Ce n’était pas difficile car nous avions  l’honnêteté en commun, une certaine clairvoyance qui faisaient que notre relation ne pouvait provoquer un quelconque quiproquo.

La nature également a scellé ce que nous aimions. Tu m’as fait connaître Colette que tu mettais au pinacle pour la richesse de son écriture. Vous étiez tous deux natifs de la Bourgogne. Nous nous réjouissons à l’écoute de lecture de ses oeuvres par elle-même, enregistrées au premier temps de la TSF.

C’était vraiment un plaisir quotidien et nous nous retrouvions ensemble dans cet élan de bonheur de vivre, de la liberté prônée par tant de personnes, de tous ces gens qui osaient briser les chaînes maintenues par un désir de pouvoir. Beauvoir libérant les femmes, Genet faisant exploser dans la poésie le carcan sexuel, Karen Blixen implosant les règles de la bourgeoisie. Tant de personnes qui nourrissaient notre désamour du despotisme, de la tyrannie, de la perfidie de tous ces fous de pouvoir s’appuyant malheureusement sur des crises économiques générées par eux-mêmes et qui asservissent des populations, pour seul but d’exacerber un désir de violence sur quelques parias afin que la haine se manifeste sans autre justificatif.

» Je suis assez effrayé d’écrire des pages aussi souriantes en ce moment où tout est si sombre. Je me demande comment je fais. Sans doute est-ce pour fuir l’épouvante, la tristesse et la honte de ces derniers temps». C’est ce qu’écrivait Jules Supervielle en septembre 1940.

Comment ne pas faire le rapprochement avec la folie du monde d’aujourd’hui. Sociétés qui tolèrent, sans grande résistance, la renaissance des fascismes, le pouvoir de tous ces privilégiés qui installent peu à peu un nouvel obscurantisme, en chassant des  médias quel qu’ils soient la tolérance, en abrutissant les humains, chez qui le niveau d’illettrisme ne fait que grandir. En regardant sans broncher des massacres par milliers, organisés avec le soutien des marchands de canons, des trafiquants de drogue, en acceptant la dérive sans fin vers la violence, savamment orchestrée.

Cette lettre te touchera sûrement toi qui n’es plus, car je suis sûr qu’il en émanera des bribes dans mon cerveau, que tu viens envahir pendant mes rêves. Ce sera pour nous un nouvel échange que tu apprécieras, j’en suis sûr.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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26 mai 2026

La bascule d’un empire.

Avant de s’affaisser définitivement sur son trône revêtu de pourpre, Chatini 3 prononça ces derniers mots. « J’aimerais que vous vous souveniez d’un point, c’est que les choses et l’apparence c’est différent. »

Ces mots résonnèrent dans le silence de la grande salle où étaient réunis courtisans, notables et le peuple qui avait pu entrer après l’annonce de l’assassinat de leur empereur.

La foule, muette et immobile, subitement, commença les applaudissements comme le voulait la coutume à la fin des grands évènements. Chacun pressentait l’arrivée d’une ère nouvelle et ce jour de vendredi 13 de l’an 20 040 ferait date dans l’histoire de l’empire des chats Abyssins. Mars rayonnait entourée d’un rouge qui présageait de grands bouleversements.

La grande prêtresse, Sheba, perchée sur ses talons hauts (c’était là une marque de sa position de haute dignitaire), s’approcha à pas sonnants  et résonnants sur le marbre de la salle, près de la dépouille de l’empereur. Habituellement laconique, émettant des annonces lourdes de sens, elle salua Chatini 3 et, se tournant vers l’assistance, elle brandit un objet pointu sorti de sa cape d’un bleu électrique et proclama.

« Ce que l’histoire enseigne de plus important aux hommes pourrait se formuler ainsi : à l’époque, personne ne savait ce qui allait arriver.

J’ai lu cette phrase dans un livre ancien datant de la civilisation, dite humaine des années 2000. Peu de temps après qu’ait été écrit ce texte, cette civilisation fut anéantie entièrement suite à la folie de quelques seigneurs. Des siècles, des millénaires ont passé sur cette nature foudroyée jusqu’à ce qu’un orage d’une puissance redoutable, redonne vie à des cellules endormies au plus profond d’un temple enfoui sous le magma. Alors une vie commença, et nous les félins régénérés avons peuplé à nouveau ce monde sans vie.
Mais notre différence a été de savoir qu’il est faux de dire que personne ne savait ce qui allait arriver. Car en réalité, tout le monde savait, car trop de facteurs permettaient de savoir de quoi serait fait l’avenir. Une organisation mondiale préparait cette extinction, évitant de l’empêcher pour différentes raisons. Les dirigeants étaient vieux et peu leur importait de faire périr les autres puisqu’ils allaient eux-mêmes disparaître prochainement. Ils accentuaient ainsi leurs plus vifs plaisirs, en augmentant à outrance leurs pouvoirs sensoriels. Ceux qu’ils dirigeaient réagissaient avec la même lâcheté en servant de maillons à la chaîne destructrice, et ne voulaient surtout pas remettre en cause la fin de tout ce mécanisme dont ils ne se sentaient en rien responsables. Personne ne voulait faire tomber le masque de l’hypocrisie.

Notre empereur a été assassiné, car étant un rempart à toute velléité de certains, il était le garant de la paix. On assassine toujours ceux qui dérangent. En ça nous retrouvons les pires habitudes des hommes. Vous qui êtes réunis ici devant ce corps sans vie, craignez que quelques individus nostalgiques de cette civilisation dans laquelle régnaient les barbares, ne veulent à nouveau par le mensonge, l’hystérie et la sauvagerie reprendre le pouvoir. Réfléchissez bien. Gare à cette réaction.

À bout de nerfs Sheba se pencha vers l’empereur et le toucha de sa baguette. Aussitôt une musique envahit la salle dans laquelle une métamorphose fit plier la foule qui à pas longs et silencieux vint saluer la dépouille de l’empereur.

Et de bouche à oreille, chacun prononçait cette phrase, née de l’écoute de la musique, comme un mot de passe pour entrer dans une communauté : « il n’y a toujours qu’une réalité »

26 mai 2026

Belle famille…

Ennuyé de passer des journées entières dans les arbres, Marc décida de quitter sa cerisaie pour se rendre en ville chez son oncle Vania.

Cet oncle était un peu original et vivait des scènes assez particulières dans cet hôtel du libre-échange, entouré de ses trois sœurs. Cependant, cette lutte quotidienne n’était pas pour lui déplaire, participant avec délectation à titiller cette assemblée de femmes. Toute trois avaient une personnalité un peu écorchée par cet assemblage permanent, qu’elle n’avait pas réussi à rompre.

Liliane qui s’adonnait avec délectation au chant, s’époumonait, balançant sa tête habillée chaque jour d’une perruque différente, ce qui la faisait surnommer « la cantatrice chauve ».

Berenice était forcément penchée vers la tragédie, ne rêvant que d’une chose : déclamer Phèdre, parée d’une robe pure sur la scène du Français devant une salle en pâmoison. 

Victoria, elle, écrivait à longueur de journée et parfois de la nuit, des vers dithyrambiques, espérant ainsi attirer quelque Don Juan égaré dans sa ville, Don Juan qui voudrait connaître l’amour fou de ce Roméo et de cette Juliette, bravant les querelles familiales. Elle s’imaginait triomphant de tous ces cancans, que ses sœurs émettaient sous l’aspect de fausses confidences, mais que son ouïe très fine et sa perspicacité du regard comprenaient dans les chuchotements glissés à son insu.

Les journées s’étiraient aussi lentement qu’une représentation du Mahabharata.  Quand Vania s’ennuyait, jaloux comme un Otello, de l’indifférence de ses sœurs, une poussée d’adrénaline le faisait bondir comme un rhinocéros surgissant de la solitude des champs de coton. Si la tactique restait sans effet, se sentant le dindon de la farce, il se mettait à faire la leçon sur les rustres de cette famille qui n’arrivait pas à se dépêtrer de cette cage aux folles. Tel un Tartuffe il traitait tout le monde de désaxés. Ceci dit, la fratrie se réveillait, et comme des guêpes énervées, fonçait en sifflant sa perfidie, traitant leur frère de Dieu du carnage, qui était aussi creux qu’une conversation après un enterrement.

Cet art de la discorde, Vania en jouissait. À la différence d’Oedipe-roi, il ne voulait coucher avec aucune de ses sœurs et n’avait pas tué son père et n’était pas aveugle sur l’avenir de la famille. Il n’était pas médecin malgré lui, juste fin observateur pour comprendre que cette ardeur du Cid qu’il laissait exploser n’était qu’un épanchement d’amour pour ces trois oiseaux, rester oiselles. Il n’était ni avare, ni bourgeois gentilhomme, et on ne pouvait dire de lui qu’il était misanthrope.

Il goûtait seulement au travers de ses sœurs, qu’il voyait s’épanouir vers la vieillesse, trois versions de la vie.
 

26 mai 2026

C’est ça l’métier.

Roro la bedaine, rasé de près et parfumé de violette, sortit dans la rue. Il s’arrêta, leva la tête pour regarder si sa poulette s’était levée. Oui, elle etait accoudée sur la rambarde, toujours vêtue de sa nuisette rose. Un vêtement symbolique.
-Toi la nunuche là-haut, arrive ou j’te tabasse.

Aussitôt lancée cette injonction, Dédée était rentrée en fermant la fenêtre. Roro
sortit de sa poche un paquet de cigarettes maïs, en prit une qu’il colla au coin de sa bouche, ce qui aussitôt le calma. Il gardait ainsi toute la journée une cigarette, qu’elle soit allumée ou éteinte. Il sortit son amadou, craqua le briquet et alluma le tabac. Il regarda sa montre. Une grosse montre, bien sûr, bien voyante qui ornait son poignet velu. Il attendait, regardant autour de lui et observant la circulation des automobiles qui se suivaient intensément. Bon sang ! il était près de midi déjà !

Soudain, madame Dufossé  sortit, le balai à la main. C’était la concierge qui prétextant un dernier nettoyage en profitait pour observer l’animation de la rue. Forcément, au fond de sa loge dont la seule vue était la cour de l’immeuble, cela l’obligeait à vérifier dans la rue comment se passaient les choses.
–Bonjour, monsieur Roger. Vous attendez votre dame ?
–Et oui ! Toujours en retard. Il faudrait pas qu’elle exagère. Tant va la mouche à l’eau qu’à la fin elle se noie.
-Ah ! Monsieur Roger ! C’est ça les jeunettes, faut que ça se fasse une beauté pour sortir.
-Ouais ! Mais tant de bonbons sucrés qu’à la fin dentier assuré.
-ben dites-donc M Roger,c’est pas possible ! vous avez mangé du cheval ce matin !
-Justement du cheval on va s’en occuper. On va aux courses.
-Faut faire attention avec la tune monsieur Roger ! Tant va la cruche à l’eau à la fin elle se casse. L’argent c’est comme neige au soleil.
-C’est vrai Mme Dufossé, mais on n’est pas né pour s’priver. Quand il y en a pour un il y en a pour dix. L’oseille moi y glisse entre les doigts. J’y peux rien.
- faut penser à vos vieux jours tout d’même !
-Oh vous savez c’est pas quand on mangera les pissenlits par la racine, qu’il faudra regretter.
-Et oui ! On est peu de choses tout de même. Tenez voilà votre mignonne.
-Ah ben ! C’est pas trop tôt ! T’as encore mis les grands plats dans les p’tits ?
-Oh mon Roro fais pas les gros yeux, il fait beau. T’aimes pas quand ton serin l’est bien mignon ?
-Si c’est bien vrai. : on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Allez bien l’bonjour madame Dufossé. On va s’jeter un petit café dans l’gosier avant de travailler . N’est-ce pas mon serin ?
 

26 mai 2026

Subjugation

Allez, en avant ! Vivons cette aventure qui nous amènera à Amiens, place Afrique, à l'hôtel Archange,
où je pourrais admirer le corps d'athlète de mon astrophysicien d'amour.
Depuis notre rencontre, le jour de mon anniversaire, après m'être échappée de la réunion de famille,
lasses des réflexions sempiternelles de mes aïeuls au sujet de ma silhouette d'asperge anorexique et
surtout déçue de leur avarice, grandissante avec les années, mon âme tout entière est tourné vers
Arnaud.
Mes amis m'appellent à la plus grande prudence devant les récits de sa vie romanesque. À 40 ans à
peine, il a un parcours incroyable : alpiniste chevronné : il a gravi trois fois l’Annapurna ; agrégé
d'astrophysique à l'âge de 20 ans et aujourd'hui érigé au rang d'acteur de l'année grâce à son rôle
dans le nouveau film de Klapisch. Il est à l'apothéose de sa vie ! Il force l'admiration et attise jalousie
et méfiance.
Annabelle, ma meilleure amie, depuis toujours, m'assène d'atterrir, de me réveiller et d'ouvrir les
yeux. L'amour rend aveugle dit-elle voire analphabète vu l'état dans lequel je suis dit-elle. « Mais à ce
point c'est hallucinant ! » Aboie t'elle en claquant la porte.
« Bon débarras ! » Il peut bien être apiculteur sous amphétamine, ou picorer dans mon assiette,
avoir les pieds palmés ou aller au marché avec un cabas à roulettes, mon Arnaud je l'aime et je n'ai
qu'une envie : mettre un terme à cette abstinence contrainte par la vie avec lui dans les meilleurs
délais !
Nous nous sommes donc accordés pour nous voir chez lui, ce soir, 20h. Pour me donner du courage,
j'avale une ou deux coupes de champagne avant de partir, peut-être trois ou quatre, je ne sais pas
résister à mon alcool préféré. Parées de mes plus beaux atours, et un peu ivre, j'arrive devant sa
maison immense, sonne, attends patiemment.
Un homme que je ne connais pas ouvre la porte, me demande de patienter quelques instants et se
plante devant moi. Son arpette je suppose. Arnaud arrive alors, radieux, fidèle à mes attentes et
visiblement ravi de me voir : « Anatole, appeler le 44 à Asnières, je dois parler à l'Archiduc. Cette
andouille a cassé ma tabatière afghane en argent avant de la planquer dans le placard à balai ! » dit-il
à son factotum en m'invitant à le suivre

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26 mai 2026

Rebondir

« Maman, s'il te plaît, je te promets que je serai sage pendant les dix prochaines années, j’en rêve
depuis des semaines. Tu peux m'acheter ça maman ? S'il te plaît. »
Enfermé dans un sac en plastique, secoué en tous sens par ce gamin plein d'énergie, aux boucles
rebondies et parfaitement sculptées, je subis impassible la violence des à-coups de cet Elliot
charismatique et surexcité. On le croirait tout droit sorti d'un dessin animé tant il incarne la
bonhomie enfantine avec son petit bedon gourmand et ses joues toute rebondies.
« Oui, mein tio biloute ! ch’suis d'accord. Tu peux l'poser din l’caddie » répond sa mère en lui
ébouriffant les cheveux. « Youpi !!! » s’exclame alors le garçonnet en me secouant de plus belle
comme s'il était monté sur des ressorts.
Enfin extirpé de cet entrepôt où je végétais depuis des semaines après un long périple depuis les
entrailles de la terre et en avoir sillonné toute la surface en cargo, train, camion et maintenant
voiture, j'arrive dans le salon d'une famille du nord de la France.
Elliot arrache le sachet qui m'étouffe et me contient, m’attrape, me porte à sa bouche et me
remplit de tout son souffle. Je m'épanouis avec les gaz et me charge d'électricité statique. Ce qui fait
beaucoup rire sa petite sœur qui s'amuse à coller sa chevelure sur moi pour se transformer en
sorcière ébouriffée et jeter des sortilèges à son grand frère.
Oh non ! Il m'a lâché ! Je pars en tous sens dans des spirales infernales et tonitruantes de
charabiaprout jusqu'à m’étendre flagada, au pied du sapin de Noël.
La petite fille Ariane se faufile sous les branches, m’attrape joyeusement et manque de faire basculer
le sapin en se relevant trop vite. Elliot me récupère, me reporte à sa bouche et souffle de toutes ses
forces pour me redonner la rondeur qui me sied parfaitement et qui lui permettra de jouer quelques
heures avec moi, je l'espère. Sa mère l'aide à nouer mon ouverture et me voilà fin après à remplir
mon rôle. Je passe de main en main, de main en pied, en plafond, en sapin dans des bong-bongs
joyeux et hilares. Nul besoin de clown, de trapéziste ou d'otarie jongleuse ici, je fais le cirque à moi
tout seul, j’égaye petits et grands de mes prouts ou de mes rebonds.
L'heure du repas arrive, on m'abandonne près du radiateur, la famille s'attable, s'adonne à son rituel
inspiré de coutumes protestantes qu'elle ne pratique pas ni ne cautionne ni ne condamne, un rituel
de gratitude où chacun énonce quelques gentillesses aux autres convives avant de commencer le
repas. Elliot dit merci sa maman de m'avoir apporté à la maison et d'avoir préparé son dessert
préféré. C'est à ce moment précis que les parois de mon enveloppe cèdent dans un fracas
assourdissant.
Aucune thérapie possible pour moi, ni chirurgie, ni chimio ni TCC. Aucune Renaissance possible. Je
végète en puzzle éclaté, distendu et désormais inutile. Mon sort est scellé.
Elliot pleure, il a eu peur de mon ultime éclat de voix dans la mort. Il est triste aussi. D'avoir perdu
son jouet préféré des derniers instants de sa petite vie.
Mais des comme moi, il en a rapporté plein. D'ailleurs, son papa arrive avec mon acolyte rouge, un
grand sourire aux lèvres, les bras grands ouverts et offerts pour un câlin réconfort qu’Elliot refuse
préférant taquiner son nouveau jouet préféré !

26 mai 2026

Mettre les voiles

Les balcons de Babylone débordaient des biscuits éblouissants de beauté. Bien décidée à
bourlinguer, à laisser derrière moi ma Bohème natale en le restant moi-même, bohème, j'étais arrivé
ici, après un long périple en bateau d'abord, puis sur la vieille barque d'un tout aussi vieux briscard
pas peu fier de m'amener ici, dans sa petite bicoque surplombant la basilique Sainte Bernadette. J'ai
posé mes bagages quelques jours à peine, le temps de bricoler deux trois trucs sur mon corps
dévasté par la vie, un petit coup de bistouri par-ci, un autre par là et surtout la mise au propre de
mon brouillon de sale gueule avec mon bec de lièvre que mes chers parents 68-tard n'avait pas jugé
utile de me réparer bambin. Tout le monde se souvenait de moi comme d'un bébé bourru
bredouillant des borborygmes abscons et surtout inintelligibles en boulotant des bananes. La seule
bouffe que j'étais capable d'avaler sans me blesser ni brailler de douleur sous les baffes de mes
parents impatients qui s'obstinaient à m'obliger à manger toutes sortes de betteraves et autres
rutabagas qui ne passaient pas. Dès que j'ai pu, j'ai mis les voiles.
J'ai rencontré Bibi et Barbara, deux bigotes comme ils disaient mes vieux, qui m'ont bercée
de sermons bibliques quelques temps . Puis Bérengère et Bertrand, les boulangers du coin de la rue,
qui s'étaient tournés vers Bouddha après que le curé de Sainte Ambre les aient mis au banc de la
paroisse pour cause de bavardages d'intempestifs durant les offices. Il se réveillaient chaque matin
au son du Boléro, qu'ils écoutaient religieusement jusqu'au bout avant d'ôter leur bonnet de nuit et
d'attaquer la journée. Après quelques jours passés chez eux, je me disais que mes parents n'étaient
peut-être pas si borderlines que ça finalement. Je rassemblais mes affaires, mes deux trois bouquins
et décidais de prendre la poudre d'escampette et de traîner mes guêtres jusqu'au quartier mal
fréquenté du bilboquet.
Contre toute attente je fus bien accueillie. On y brûlait dans de vieux tonneaux toutes sortes
de combustibles pour se réchauffer. Entre deux tentes, les basses vibraient du blues lancinant de
Freddy King sur lequel d'aucun se dandinait dans une espèce de transe extatique provoquée sans
aucun doute par les bédos que j'avais déjà observés circuler de main en bouche dans un bal
désarticulé et déconvenu. Tout ce dont j'avais besoin ! Quand, quelques jours plus tard, je vis
Barbara débouler, blême, une batte de base-ball à la main et Bibi derrière elle, lui hurlant dessus, j'ai
su qu'il fallait que je me tire de cette ville de fous.
Ma besace en bandoulière je décidais de mettre les voiles le plus loin possible. Ça prendrait
du temps, sans doute beaucoup, mais je sais aujourd'hui, devant ce beau Baba bien imbibé
embaumant le bon rhum de la Barbade que j'ai réussi et que le meilleur m'attend.

26 mai 2026

La province dont je parle

La province dont je parle est sans côte, plage ni récif. Deux hommes pourtant qui connurent ces
châtaigniers; s'y abritèrent sans doute d'une averse, y arrivèrent peut-être, y révèrent en tout cas,
sont allés sous de biens différents arbres travailler et souffrir, ne pas assouvir leur rêve, aimer peut-

être encore ou simplement mourir.

On m'a parlé de l'un de ces hommes, un jour. Oui, un jour, on m'a parlé de l'un d'eux, on m'a raconté
sa vie par le menu, une vie somme tout ordinaire malgré son insatiable curiosité.
Il était l'aîné d'une fratrie de 6 enfants, milieu très modeste, père ouvrier, métallurgiste, mère au
foyer, petits moyens petits boulots pour arrondir les fins de mois difficiles. Travail au champ ou aux
jardins partagés, tapisserie chez l'un, tricot pour l'autre, une chorégraphie familiale savamment
orchestrée par Paloma, la maman, qui dès les premières lueurs du jour, été comme hiver, s'évertuait
à faire fonctionner cette horlogerie fine que constituait sa famille. La Famille comme on l'appelait,
encore aujourd’hui. Cette famille était hermétique au bruit du monde, les enfants allaient certes à

l'école mais pour le reste, ils vivaient en quasi-autarcie.

Ils ne fréquentaient ni l'église, ni le bar, ni les clubs sportifs, ni les centres culturels, rien. Ils se
suffisaient à eux-mêmes. Jusqu'à ce que les enfants grandissent et l'instruction aidant s'émancipent
de la vision idéalisée de l'union familiale qu'avait eue leur père bien avant leurs naissances.
Ce jour-là, devant la citadelle, apprêté comme jamais il ne le fût ni comme jamais plus il ne le serait,
saisi par cette ardeur mélancolique qui peut survenir le jour de son mariage, se désir ardent
d'embrasser la vie, d'embrasser sa femme, de s'unir à jamais à celle qui semble être un
dédoublement de soi, son âme sœur, son âme siamoise, ce désir ardent d'employer la vie et de pétrir

enfin la chair de sa femme et de s'enfoncer en elle jusqu'au premier soleil.

Ce jour-là, sous le regard du curé attentif, lorsqu'il vit Paloma avancer vers lui au bras de son père, il
sut qu'il construirait sa famille, semblable à une île, une île certes secouée par la douce violence du
ressac, mais épargnée par les tempêtes du grand large. Il bannirait les journaux, les écrans en tout
genre et les jouets trop violents ou simulacres d'engins de guerre, il sélectionnerait avec grand soin la
littérature accessible, et boycottera les thrillers, ce qu'il voulait pour sa famille n'était qu'amour et

douceur.

L'éloge de la délicatesse rythmait depuis sa vie, celle de sa femme et celle de ses enfants.

26 mai 2026

Coup de foudre à Rome.

Déambulant sans savoir où il allait, Alexandre, alias Sandro, se retrouva accoudé au bar du Louxor. Ce vieux cinéma, fermé pendant longtemps, venait de réouvrir ses portes après une longue incertitude et le choix d’une restauration. Et Sandro s’y retrouva juste au moment de l’inauguration. La foule était nombreuse, joyeuse et le niveau sonore s’élevait vers la hauteur des plafonds. Il se tenait déjà un peu éméché, regardant cette agitation qui lui semblait décuplée par la chaleur de la nuit. Combien pourrait-il y avoir de personnes à virevolter ici ? sûrement plus de 10, plus de 100, presque des milliers !

Au bout de quelques instants un mot happé dans le tumulte le sidéra. « Venise ! ». Aussitôt l’émotion l’envahit car déjà le souvenir de cette ville où il aurait voulu abriter un amour se transforma en ce dénouement fatal. Leur séparation immédiate en fût la conséquence. Et il hoqueta : « et oui, que c’est triste, Venise, au temps des amours mortes ! »
Sandra ! Ah ! Sandra !
Quelle était belle dans cette foule qui arpentait les rues de Rome, mêlée à une manifestation de gens qui se battaient contre la résurgence du fascisme, en chantant « Bella Ciao ». Il n’avait pu s’empêcher de la suivre, et emporté par la foule qui exprimait cette saine colère, il fut pris lui-même comme dans une poussée de fièvre à chanter cet air enthousiasmant. Arrivés sur la place del Popolo la manifestation s’arrêta. La police empêchait l’accès aux jardins. Des voix s’élevèrent : « Policiers avec nous ! gare aux gorilles! »
Peu à peu la foule se dispersa, mais Sandro n’avait pas quitté des yeux cette femme qui l’avait enflammé. Il faisait beau. C’était le mois de juin, le temps des cerises et la jeune femme venait d’en acheter un sachet. Elle portait goulûment ces beaux fruits rouges, que de belles dents comme des perles croquaient. Elle rejetait les noyaux dans sa main qui les déposait dans le sachet craquant.

Sandro l’accosta.
–Bonjour.
–bonjour.
–Personne ne sait comment l’impossible se réalise, mais à présent, je sais.
-Que savez-vous ?
-Si la femme et l’avenir de l’homme, mon avenir c’est vous.
-Comme ça ? Directement ?
-Oui, vous pensez que je suis juste un gigolo ?
-Je ne dis pas ça, mais que voulez-vous ?
-Vous voulez être mon guide… Nathalie ?
-Nathalie ? Non moi c’est Sandra. Et pourquoi je devrais être votre guide ? D’où venez-vous ?
-De Syracuse.
-De Syracuse et que venez-vous faire ici ?
-Je suis de passage. Je dois me rendre à Paname.
-Paname ? Connais pas.
-Mais si ! Paname, c’est Paris.
-Ah je ne savais pas. Je connais Parigi mais pas Paname.
-C’est une appellation familière.
-Et alors qu’allez-vous faire à Paname ?
-Je vais travailler dans une boîte de jazz.
-Vous êtes musicien ?
-Oui un peu. Je joue de la clarinette. J’ai pris quelques vacances au bord de la mer avant de m’élancer vers l’inconnu.
-Bon écoute… Comment tu t’appelles ?
-Sandro.
Elle éclata de rire.
-Tu te moques de moi !
-Non je te promets. Tu veux voir ma carte d’identité ?
-Non et dis-moi quand reviendras-tu ?
-Ça dépendra.
-De quoi ?
-De toi… Et moi.
-Moi ? Bon, cette marche m’a donné faim, laisse-moi manger ma banane. Tu en veux un bout ?
Silence suivi du rire de Sandro.
-Elles font toutes comme ça les romaines ?
-Qu’est que tu veux dire en disant Così fan tutte ?
-Ben d’habitude ce sont des hommes qui sont entreprenants.
-Et alors ?
Sandro s’apercevant de sa bévue reprit après une pause.
-Bon voilà je n’avais pas l’honneur de te demander ta main …
-Tu délires mon cher Sandro ou tu es un peu neuneu. J’ai l’impression que si tu n’as pas volé l’orange, tu n’as pas non plus inventé le fil à couper la ricotta.

Tout à coup un orage imprévisible éclata accompagné d’une pluie torrentielle. La pluie tapait les obélisque de marbre faisant comme des claquettes, comme celles de la femme de ménage de l’hôtel où il s’était arrêté. Sandra s’était réfugiée sous les arcades et accoudée à une colonne, elle pleurait comme une petite fille en pleurs dans une ville en pluie.

-Qu’as-tu Sandra ?
-Jamais je ne trouverai l’amour. Et elle disparut.

C’est ainsi qu’après son arrivée à Paname, il s’était présenté à la boîte de jazz qu’il trouva fermée avec un écriteau sur la porte « Procédure judiciaire en cours ».
Je n’ai plus de travail, je ne connais personne et je ne sais même pas comment retrouver Sandra. On me l’avait bien dit à Syracuse : « mon vieux, t’as la guigne, t’as la cerise ! »
Je n’avais pas cru à cette superstition. Et alors maintenant que pourrait-il m’arriver de pire encore ?
 

26 mai 2026

L'auberge espagnole

Une destination surprise.
« Cotonou. Je vous dis Cotonou. »
Babou, s’évertuait à essayer de se faire comprendre de ce policier qui l’avait arrêté stationnant en plein milieu de la chaussée comme un stalagmite figé pour l’éternité. Il était arrivé en Turquie par erreur. Il désirait se rendre à Pétra pour y retrouver ceux qui vivaient leur expatriation du Bénin. Mais le passeur qui l’avait pris en charge, peu cultivé avait confondu Petra en Jordanie, avec Péra ce quartier d’Istanbul réputé jadis.

Ne parlant ni le Turc, ni une autre langue que le français, Babou se murait dans le silence, face à l’incompréhension de ce policier, qui désespérant l’avait laissé dans l’obscurité d’une cellule très douteuse au niveau de l’hygiène. Circonspect face à l’avenir de sa situation, son angoisse croissait. Et qui pourrait bien l’assister ? Si au moins un traducteur pouvait venir pour démêler cet écheveau et l’assister face à ce mur de l’administration. Il savait que les manières de ces représentants de la loi n’étaient pas raffinées. Seul dans le noir son imagination cavalait aussi folle qu’une foule de carnaval déambulant dans l’hystérie générale.

S’il pouvait avoir la liberté de courir, il quitterait sans attendre ce pays qu’il ne souhaitait pas connaître. Il supposait qu’il trouverait bien un moyen de réorienter son voyage vers la Jordanie qui, après tout n’était pas si éloignée. Il pensait y retrouver l’amitié d’une fratrie dispersée venue de Cotonou, sa ville natale.

Quelle heure pourrait-il être ? Comme on l’avait dépouillé de son téléphone, pas moyen de le savoir. Le temps semblait arrêter à l’inverse de la fuite qu’il ressentait quand il était libre. Seul l’appel du muezzin confirmait l’avancement des heures. Sa panique le faisait dérailler. « Si j’étais une souris, je trouverais bien un orifice pour m’échapper. » Oppressé par cet enfermement, son esprit brûlait comme sous l’emprise de la narcotine d’une drogue quelconque.

Tout à coup, il entendit une clé fourrrager la serrure, en même temps qu’un grincement un rai de lumière éclaira un peu la cellule et la porte s’ouvrît , laissant apparaître le policier qui l’avait arrêté. Celui-ci était suivi d’un homme habillé de noir qui lui dit : « suivez-nous Babou, nous allons reprendre l’interrogatoire ».
Cette phrase dite en un français parfait, tranquillisa Babou. Il sentit sa vessie se vider alors que les larmes lui montaient aux yeux. « Sauvé ! », pensa-t-il en suivant les deux hommes, un peu honteux.

16 février 2026

Le plus souvent, face à la page blanche, je n’ai rien à dire…

« Le plus souvent, face à la page blanche, je n’ai rien à dire » puisqu’elle n’a elle-même initialement rien à dire et, de surcroît, à me dire qui me soit raison à lui rendre réponse.

Je ne puis, je l’avoue, écrire comme l’on parlerait au vent. Ce dernier, on le sait de notoriété, éparpille, dissémine par petits bouts, toute matière vocale qui, par malheur, viendrait heurter son souffle séminal. Et ne parlons pas des jours où, venteux, il pleut également : pas un mot émis qui ne s’en vante, le voilà sitôt malmené, bringuebalé, aspergé, détrempé…

Alors, pour me sortir de cette impuissance innée, je recherche plutôt les pages blanches de couleurs, les criardes de préférence ! Et là, je ne puis le cacher, j’exulte, je m’ébroue, j’ose affirmer et, affirmatif en diable, je cloue mot après mot de mon style et de mon stylo.

Ivre des mots que je couche ainsi, il en est Une qui, allongée mais importune, me lance au visage – comme s’il était lui-même une page : « Vas cuiter, et rejoins moi ! ».

Je considère qu’il y a là deux arts incompatibles. C’est à Bogota, dans ses quartiers mal-femmés que j’ai découvert combien, pour la littérature, le lit est rature. Et pourtant, si, sur la page, le texte on peaufine, sur le corps sa peau fine sollicite autant la plume, sinon le sexe (par association d’idées) ; suivra le texte. La poule serait-elle ainsi, à l’exemple d’une page sans inscription, en attente de quelque griffe (non pas du clou du Christ) lui donnant à nourrir quelque grief en retour contre l’auteur à texte ?

Les temps ont changé : être à la page montre l’engeance non en marge mais en rage comme en action. Elle Le pousse violemment. Voilà qu’Il trébuche et tout à son étonnement, s’affalant, fait tache sur le plan de cuisine… Enfin un support, de ce nom digne, et à même de recevoir les inscriptions qu’une maitresse femme – femme de lettre – est en mesure de tracer du bout de son hachoir taillé comme une plume.

« Arrête ton char ! - lui lançai-je, incrédule - nous somme fait pour nous entendre de toute éternité, et nul mur érigé entre nous ne saurait nous en dissuader ! ».

Ne sommes-nous pas l’un à l’autre, dès l’origine, comme deux pages vierges liées, et bientôt si chargés de ces mots qui, continuellement, flétrissent nos chairs. Nous voilà ainsi comme livres ouverts, invités à se répondre incessamment. La récolte abondante de ces mots emplit tant nos étagères de bocaux vocaux en jachère que ça n’est point misère car, quand dans nos vieux jours, en panne de mots, en panne d’amour, religieusement nous ouvrirons - comme une page bordée de mots - de ces testaments, n’aurons-nous pas matière à nous dire à nouveau ?

 
16 février 2026

Le mot qui tue.

« le plus souvent, face à la page blanche, je n’ai rien à dire. » C’est ainsi que Jérôme tentait de se justifier aux yeux de la foule en colère. Qui aurait pu penser que cet homme dont les discours avaient enflammé des salles bondées, annoncerait ceci avec un calme olympien. Médusée l’assistance retenait son souffle. Une attente pesante envahissait ce public venu encore une fois se nourrir de l’optimisme radieux d’un avenir, qui, évidemment, ne se révélait jamais comme celui attendu. Que se passait-il ? Jérôme restait silencieux, attendant la déflagration qui confirmerait l’inanité de la situation et l’incompréhension, qu’il avait jetée en pâture cette phrase, comme cherchant la vindicte et l’irascibilité d’une colère, trop longtemps contenue. il arrivait à lire, sans difficulté dans les regards des visages des personnes qui lui faisaient face. Il distinguait le brillant de ces yeux qui à n’en pas douter se remplissaient de larmes incrédules. Un instant il pensait à une verrière qui trouble le paysage aperçu quand il pleut. Ce qui le tenait en haleine, surtout, c’était ce silence que seule la respiration de ses auditeurs emplissait de plus en plus d’une oppression retenue qui commençait à  l’étourdir. Debout à son pupitre, il sentait son corps défaillir et voulant affermir sa position, il se sentit brinquebalé  malgré tous ces efforts. il attendait toujours la moindre interpellation qui lui permettrait de réagir.

N’importe quoi. Je vous en supplie. Questionnez-moi. Évidemment, je suis un lâche et je vous déçois. Mais je peux vous expliquer. Aidez-moi je vous en conjure.

Ces réflexions, bien sûr, n’arrivaient pas à sortir de sa bouche. Depuis combien de temps tout le monde était dans cette stupéfaction, les statuant dans ce profond silence. Il fallait réagir, enfoncer le clou pour que le la vacuité de ce moment se transforme en une réaction. Une réaction que chacun attendait.
Il sentit le moment arrivé. Du fond de la salle, une voix surgit comme un coup de tonnerre traversant le calme d’une journée.

qu’est-ce que c’est ces balivernes ? Explique-toi !
Oui pourquoi ces sornettes ? Nous ne te croyons pas.
Tu ne nous feras pas croire au vertige de la page blanche !

Le calme revint, mais à présent il était accompagné d’un chuintement de phrases murmurées. Cette situation déclencha chez lui alors une association d’idées.

Oui c’est vrai. Qu’est-ce qui m’a pris de déclarer cela ? Évidemment ma nature est d’avoir toujours quelque chose à dire ! Était-ce un test pour sonder l’intérêt que je suscitais encore ?

Tout se bousculait dans sa tête. Il regarda toutes les personnes qui lui faisaient face en contemplation d’un mystère que personne ne comprenait.
Il s’éclaircit la voix et commença un discours qui en quelques instants prit l’ampleur et le flamboiement de ces harangues qu’il avait toujours su lancer dans les pires moments de crise.
Aussitôt il sentit l’assistance se détendre. il ressentit cette détente le gagner et voulant se rapprocher du micro, il trébucha sans aucun dommage, sourit de sa maladresse et continua son discours.
Il avait toujours l’impression, quand il pratiquait ces grandes rencontres, qu’il était comme un paysan face à une terre laissée en jachère qu’il allait cultiver et ensemencer pour faire naître l’espoir de toutes ces personnes qu’il aimait.
Inutile de se prendre pour un empereur traversant sur son char la foule de ses admirateurs. Sa vulnérabilité s’était trop faite ressentir au début de la rencontre pour lui rappeler qu’un jour, peut-être, il serait comme ces poissons rouges qui tournent dans un local pour s’étourdir de l’enfermement inévitable.

16 février 2026

Navire

Lui, l’indécrottable optimiste, dût déchanter.
Le gros poisson qu’il avait cru avoir attrapé dans son filet, (comment puis je parler ainsi de ma
sirène?, se reprit-il aussitôt), l’inaccessible étoile qu’il avait décrochée, s’était avérée être un
cauchemar.
Ma sirène, ma douce sirène, comme je l’aimais ! et là, comme à chaque fois qu’il la revoyait dans son
cœur, il faillit être emporté dans un naufrage de larmes.
Lorsqu’il l’avait rencontrée sur une île subtropicale, son souffle l’avait caressé ainsi qu’un alizé.
Lui, le capitaine, tempétueux, colérique, alcoolique, misanthropique, avait enfin trouvé son contraire,
qui allait l’empêcher de tanguer et lui permettre de garder le cap et le mener à bon port, à sa
destination finale, bref, à l’heure fixée de son trépas.
Chacun sait que dans la vie, a fortiori sur un navire soumis aux courants imprévus, aux embardées
capricieuses, l’équilibre, comme en toute chose, est indispensable.
Bien sûr, il savait que nul n’échappe à de menus défauts et même à d’énormes contradictions, N’est
ce pas le propre de la nature humaine ?
Mais là, force lui était d’admettre que la déconvenue avait été cruelle. Son alizé qu’il ressentait
comme une brise régulière et légère, s’était révélée une effrayante furie.
Il était temps qu’il largue les amarres, qu’il mette les voiles, et retrouve sa liberté, sa liberté chérie,
qu’il réalisa aimer plus que tout.
Il dût s’avouer que son côté un peu girouette, l’avait séduit au début. Quel sens a pour un navigateur
une vie en calme plat ? Était ce digne du grand homme qu’il était?
De plus, il serait mort d’ennui et en tenant la barre la nuit, face aux étoiles, sa fidèle bouteille de
whisky aidant, il aurait risqué de s’endormir et de fracasser son bateau sur un rocher.
Mais il n’avait jamais compris. Pour une raison mystérieuse, lentement, son alizé, sa boussole, se
mettait à hésiter. Puis, très vite, elle tournoyait telle un ravissant derviche tourneur. Sans doute était
ce pour ça qu’il ne s’était pas méfié. Elle prenait de la vitesse, la vitesse d’une turbine. Il ne la voyait
plus. Mais il l’entendait, ça pour l’entendre, il l’entendait ! Elle hurlait , elle s’époumonait face aux
vents. Elle s’agrippait au gouvernail avec une force surhumaine et il ne pouvait plus reprendre le
contrôle de son navire, reprendre la maîtrise de sa vie. Elle lui faisait peur.
Alors une nuit de tempête, les sachant de toute façon perdus, il s’était réfugié, seul, dans la cale.
Le lendemain, la mer était épuisée, le ciel serein, mais sa sirène avait disparu.
Autour du bateau, un dauphin, tout guilleret, faisait des cabrioles et des culbutes.Manifestement il
tentait d’attirer son attention.
-Que cherches tu à me dire, Dauphin? Tu sens que mon cœur est lourd et tu veux me parler
d’amour, c’est ça ?
Le dauphin se mit à frétiller, ses paupières à papillonner.
Le Capitaine se mit à rire et sauta sur le dos du dauphin.

Emmène moi vers ma dulcinée, mon ami. Tu l’as toujours su, toi, que j’étais trop ferré. Je veux
retrouver mon étoile, Dauphin, et l’aimer, même trop, même mal, et partir avec elle là où personne
ne part.

16 février 2026

Le dernier 49-3.

À présent, son optimisme l’avait abandonné et il avait beau s’accrocher au micro comme à un gouvernail en pleine tempête, il réalisait qu’il avait été pris au piège comme un dauphin ligoté dans un filet. Devant lui s’agitait en hurlant à la barre en secouant à la volée une clochette comme un forcené, le rapporteur essayait de retenir la vague déferlant sur l’assemblée. Pétrifié comme un rocher ancestral subissant la force d’un courant venu du fond des mers, l’homme voyait s’effondrer son avenir comme un capitaine coulant dans un naufrage. Ce n’était que des invectives lancées à son encontre. Dans le brouhaha, il comprenait certains mots qui le déchiraient comme des lances enflammées : « largue les amarres ! Tête de nœud ! Tu as perdu la boussole ! Pauvre girouette ! ».
Temps de dévouement pour être banni sans pitié ! Il sentait dans son dos l’acidité, portée par le la jalousie, lui transpercer tout le corps comme une arme pointue. Étourdi, un instant, il s’échappa du tumulte et repensant à ces instants où il tenait ferme son gouvernail, assis sur un monticule de filets car la belle journée le rendait optimiste.
Cette échappée ne dura pas longtemps et l’horizon lumineux se voila comme retentissait une sirène. Le chahut dans l’assemblée était devenu un pugilat. Il sentit des bras le saisir et le coincer contre son pupitre. Comme une Saint-Jacques refusant l’enlèvement de son berceau marin, il ne savait plus que faire, sentant la force des mains qui l’arrachaient à sa place. Son regard hagard parcourait le flot de l’agitation. Il sentit un voile s’abattre sur sa vue et s’évanouit. Emporté par les forces de sécurité, il fut transporté à l’air libre où l’agitation était aussi grande. Devant une foule de caméras et de reporters médusés, on l’engouffra dans un véhicule ministériel qui partit à vivre allure accompagné de sirènes et de gyrophares.
Dans la soirée quand il eut repris ses esprits, il jeta un coup d’œil à la centaine de messages arrivés sur son téléphone pendant qu’apparaissait en boucle sur son téléviseur, un journaliste qui racontait sans se lasser : « nous apprenons que suite aux évènements qui se sont déroulés à l’assemblée, le président de la république interviendra dans un instant pour annoncer le remplacement de son 30e premier ministre. Notre équipe est sur place à l’Élysée. »
 

14 janvier 2026

Glissement.

Toute petite déjà Isabelle rêvait d’être légère, légère, si légère qu’elle aurait voulu comme une plume, être balancée dans les volutes du vent. Elle rêvait de voler, de pouvoir atteindre les nuées pour s’emmitoufler dans les gros nuages qui traversaient le ciel.
Ses parents, comprenant son désir, lui offrir un Trampoline, qui l'a séduisit au début, mais très vite, ces sauts de kangourou la lassèrent. Dès qu’elle reprenait pied avec le sol pour rentrer, dépitée elle se sentait aussi lourde et maladroite qu’un éléphant.


Isabelle grandit ressentant toujours un manque de ne pas arriver à perdre cette pesanteur dont elle se sentait prisonnière. La nuit il lui arrivait de rêver qu’elle était une balle que les mains d’enfants joueurs envoyaient vers l’horizon. Quand elle se réveillait, elle pleurait comme une fontaine, retrouvant cette lourdeur qui faisait son désespoir.


Un jour ses parents lui proposèrent d’apprendre à danser. Un espoir l’envahit et ses yeux, dont le bleu avait la pureté d’une fleur de myosotis, scintillèrent de larmes de bonheur.


Très vite son corps souple conquit l’équilibre nécessaire au maintien de celui-ci sans cesse en mouvement. Elle se passionna et pouvait regarder pendant des heures, ces pas de deux, ces entrechats, ces tours sur les pointes et l’harmonie des corps qui se rencontrent, se touchent, s'enlacent. Elle voulait s’étourdir jusqu’au vertige. Elle ne rechignait pas à recommencer inlassablement ces exercices qui étirent le corps vers un but que des mains gracieuses cherchaient à atteindre.


Elle acquit très vite une magnifique maîtrise, grâce à ce dur labeur, car pour elle c’était un plaisir constant. Elle découvrait également que cette facilité et cette légèreté apparentes n’étaient que le résultat d’une technique virtuose. En réalité, le corps souffrait en silence, et le désir puisait sans retenue dans le réservoir d’énergie acquis avec la jeunesse.

 

Malgré son âge grandissant, sa mère n’avait pas perdu l’habitude de l’appeler "ma puce". Elle était en admiration devant cette jeune femme qui, enfin réalisait son rêve. " Que d’eau a coulé sous les ponts !" pensait elle. Elle avait compris également que sa fille n’attachait pas d’importance aux récompenses qu’elle recevait, mais qu’elle jouissait surtout de sentir son corps léger comme une bulle.

 

Parfois Isabelle restait immobile le regard fixant le lointain. Elle se laissait glisser alors sur le clapotis du lac sur lequel tournoyaient gracieusement, sans fin, les cygnes.

 
 
 
 
 
 
 
 
14 janvier 2026

Quand le bleu s’assombrit.

La lumière palpitait sur le visage endormi de Matthieu. Le rythme de cette palpitation s’accordait avec la remontée des souvenirs qui envahissaient sa mémoire. La chambre était calme. Dans cette chaleur épaisse de l’été, seule la discrète soufflerie du ventilateur ponctuait le profond sommeil de l’après-midi, d’un bruissement endormeur.

Par instant, les paupières de Matthieu, clignaient sur son regard abrité de la lumière. Le rêve précédait le proche réveil ; les lèvres, murmuraient en silence, une main cherchait l’introuvable présence. Il se réveilla, regarda l’heure et se mit à penser à ce rêve dont il gardait la force encore intacte.

Aussitôt, il pensa à Rachel. Il la revoyait, lumineuse, personne disparue déjà depuis longtemps, mais dont la présence l’habitait toujours. Il la connaissait si intensément.

Bleu, tout ce qu’elle voyait était teinté de ce flux de couleur. Pigment dont la source, lui semblait sans fin. Comme un talisman, le bleu avait toujours bercé l’espace qu’elle traversait. sa brune chevelure serrée en un chignon, lui faisait un casque brillant dans le soleil en harmonie avec le doré de ses yeux pétillants de joie de vivre.

Il la revoyait enserrée dans un tablier, pétrir la terre, dont surgirait un corps délicat au visage espiègle ou la douceur virile d’un homme drapé dans quelque tunique pudique. Rachel travaillait enveloppée de musique.
« J’ai les mémoires qui flanche, j’me souviens plus très bien… » chantait Jeanne, dans la lumière bleue et dorée de son atelier. Elle aimait soutenir sa création avec des musiques en accord avec le ressenti récent dans son travail. Aussi l’atelier devenait dans le désordre des outils, des matières, des œuvres, achevées ou encore en  gestation, une vraie scène musicale.

Quand Rachel travaillait son œuvre, elle semblait exilée du monde qui l’entourait. Si son corps réclamait une détente, elle s’arrêtait de pétrir.

Son regard invitait à franchir le mur qui cernait le silence. Matthieu avait envie d’abolir ce champ qui le séparait de Rachel. ondoyant dans le tumultueux liquide du lac qui s’accordait à la sauvagerie du lieu.
C’est ainsi que Matthieu percevait ces instants de création et qui transfiguraient le concret de l’atelier en un paysage idéal qui s’accordait alors à l’instant vécu.

Que de bonheur habitait alors ce lieu et tous ces instants qu’ils partageaient. Leur union se renforçait à chaque instant.

Un soir d’automne, Rachel reçut un appel téléphonique qui lui apprit que sa mère était au plus mal. Elle décida de partir aussitôt après avoir prévenu Matthieu. La route était longue pour rejoindre l’Auvergne. Rachel ne faisait pas de pause pour arriver le plus vite possible. Quand elle aborda la route noyée sous une pluie incessante, elle ne put éviter un camion qui venait de déraper et de se mettre en travers. Le choc fut fatal. Rachel mourut immédiatement.

Dans la soirée, Matthieu reçut un appel de la gendarmerie qui lui annonça le décès de Rachel. Tout chavira pour lui.

Le noir chassa le bleu qu’il avait dans le cœur.
 

14 janvier 2026

Allitération sur B – Assonance en U.

A ma visite du Bordel du Bout de la rUe d’UbU,je me crUs  - oBsédé par le Q.I. des Butineuses de Buvards (qu’un certain Bouvard, par Bêtise, reBUte), et rendU oBtUs par Bien des nUits Blanches à aBonder sur ces BoutUres là -  je me crUs donc Bien, le cUl Botté, sUrpris par un oBstacle que je Bouttai un Brin hors de ma vUe : Une de ces répUtées Boutonnant le Baillant Boxer d’un hUlrUberlU éBouriffé par leur éBat de Boxeur. Elle, plUtôt BrUtale ; lUi, la locUtion pUtassière. Le taBleau pUait le BitÛme !

Me fiant Bientôt aux éBouriffantes efflUves dU cUir de ces sœurs qui aBondent en chUchottements BrUyants, je BUs d’aBord au Bar une Marie Brizzard pUre afin de me déBrider, et, Battant le BitÛme dU lieu, ma vUe pUt l’emBrasser.

L’Une d’elle me Bottait, Une Belle Blonde  -Brigitte, je sUppUte- sÛre nUBile, et dévêtUe. Mes yeux s’emBUaient, mes palUches sUintaient… Puis je m’approchai de la mUtine en canis-lUpUs. Et là, me Bistrant depUis son Beau Bustier, elle se mUe en Bique (= chèvre) : « Monsieur, c’est Bien !... TU viens sUr ma Berge ?... l’amUr ensUite n’est que Bagatelle ! ».

L’Eve-à-nUit m’a vU Bientôt Brandir mon… Tenez-vous Bien ! : le Béotien du Bout, avec sa BrUte, me Balance -c’est Balaise !- : « TU fais Bien du Buis !! »… Blessé par sa Botte, en con vaincU j’ai ajUsté mon fUte et sUis rentré au Bercail au Bout de cette, là, nUit. 

14 janvier 2026

Le ricochet de la rime

À rimer en rigolant, Richard frisait le ridicule. Quelle tristesse pensait Christine. Il se grise à rimailler des frises rigides. Se sentant devenir sa rivale, elle brisa le crissant silence, et s’écria : « rigole ! Rigole ! Je suis étrillée. Tu n’auras plus prise sur moi. Tais-toi donc et vas rimailler ailleurs. Cours sur la rive de la rivière et pries de me perdre à jamais. Tu pourras danser le rigodon en ritournelle prisée. Triste ribouldingue pour un ripou. Tu es périmé. »

Christine prit son manteau est sortit ric-rac.
Richard méprisa cette sortie, prit un verre de Ricard, ouvrit la fenêtre, brandit son verre et hurla : « qui c’est qui fait risette à papa Richard ? J’ai assez trimé pour aujourd’hui. »Il se dirigea vers la cuisine, étripa de colère une mandarine. qui pourrissait dans un bol de riz. Il fit rissoler une étrille à la fraîcheur douteuse, s’arrima à  la table toute brisée, en répétant pour la énième fois :
« Toi, il faut que je te ripoline. Risotto poil au dos, riz créole poil au col». Et il s’effondra sur la chaise.

Une brise traversa la pièce. Le gris du soir s’éprit de Richard. Le rideau tomba sur son visage ridé comme une ricotta desséchée. Rire est le propre de l’homme dit-on. Mais à quoi cela rime quand la grisaille éteint tout.
 

10 novembre 2025

B.

- La beauté, Barbara, la beauté qu'est-ce que c'est pour toi? Celle des trésors de mots pêchés dans un bouquin biblique ou hérétique? Celle du visage un peu brouillon, un peu boursouffle du jeune enfant qui braille parce qu'il a perdu son bilboquet, dis moi...!

- et si je te dis : " bourru, bébé bredouillait ses borborygmes abscons en boulottant une banane", hein? Tu la vois ou la beauté ? Hein, tu lui trouves toujours un beau visage de bouddha, tu ne te sens pas blessé dans ton pur amour de l'esthétique? Choque par sa ressemblance avec un batracien colérique, donc dépourvu de toute beauté? Et si je te dis encore, dans la foulée, "blême, Barbara déboula, batte de base ball en main, et bibi...." Je continue? Je continue, Bernard? Dis !
- ne parlons plus de bébé, soit. Je ne réouvrirai pas ta blessure à coups de bistouri. Pardon, Barbara, pardon ! Maintenant ferme tes jolis yeux et imagine simplement une belle bicoque aux allures de bohème que bécassine t'a laissée le temps de sa croisière en bateau ... imagine son petit balcon fleuri.... et tu sais de quoi, ma Barbara? D'hibiscus, Barbara, jaunes comme tu les aimes, et, j'ai pas fini, pense à une bande sonore qui te murmure cette phrase sur fond de "clair de lune" de Debussy, cette phrase qui te dit : "les balcons de Babylone débordait d'hibiscus éblouissants de beauté", tu la vois la beauté, dis? Tu la vis ta bohème?
- But, Bernard, but! En plein dans le mille! A moi maintenant.  Et ma phrase je vais te la fredonner comme une berceuse.....:
"Bien imbibé, un beau baba embaumait le bon rhum de la Barbade" . Toute la beauté de ta pâtisserie préférée, pour te mettre l'eau à la bouche...
- Alors la, Barbara, tu as gagné! Touche le maillon faible !Et si.... si on descendait voir s'ils en ont chez mariage frère? Tu te sentirais de marcher jusque là ? Ça va aller ?
- T'inquiètes. Avec ma canne d'un côté et ton bras de l'autre, je galoperais jusqu'au bout du monde. Prends bien ton écharpe, ne vas pas attraper la mort."
10 novembre 2025

LETTRE (à) D.

Dédé, le dresseur de dromadaires, darda sur Dorothée, la douce
dompteuse de dindons, un dur regard qui la fit défaillir. Alors Dorothée
dit :...
« Dis donc, Dédé, sans dec !, tu m’déshabille de tes mirettes comme
toutes ces dames dociles que tu déniches les soirs d’disette en jouant
l’derviche qui tourne les têtes ? Ou c’est l’daron, ce dictateur -en vérité
mon durillon qui m’fait douiller mon doigt de pied-, qui me dézingue
comme une damnée ?
Ben, Détrompes-toi ! Dinde je n’suis pas ! Ni dingue de toi, manqu’rait
plus qu’ça !!… Non plus, j’n’ai découché ce 2 d’octobre -et donc d’hier- !
C’est dire que j’t’obéis au doigt et… au deuil de mon dandy Daniel, le
trapéziste. De ç’ui là, dingue j’étais... à m’défaire de mes draperies et
m’donner à lui dare-dare.
Mais, de ta défiance, déjà le trapéziste, diabétique, en avait fait les frais.
Dramatique !! J’te déteste Dédé ! voilà qui est dit.
Dorénavant -et ça n’s’ra pas la der de der- je décide de m’adonner, sans-
d’ssus-(ni)dessous, à qui, disert, f’ra d’moi son défi ! »

Dédé, soudain déconfit, dépité, dépassé, senti combien sa Dorothée,
encore donzelle, qu’il avait de si longue date tant dorlotée, se débinait à
tire d’aile.
Lui tournant le dos, il s’empara d’un Doliprane déposé là -de quoi
dominer sa douleur. Puis il lui dit sans dérision: « Va donc au Diable !
Dès demain t’iras dresser les dragons, d’ac’ ou pas ! D’ac’ ?».

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